Guilbert Express : 120 ans d'histoire du chalumeau
Vérifié le par Théo Desrousseaux, électricien (diplômes & certifications)
Photo : Guilbert Express — Express depuis 1905 En bref
- Guilbert Express nait en 1905 à Paris, fondée par Léon Guilbert, alors spécialisé dans les lampes à souder.
- Le brûleur Cercoflam, breveté en 1972, démocratise le chalumeau à cartouche de gaz chez les plombiers.
- En 1992, la marque contribue au système de combustion de la torche olympique d'Albertville, dessinée par Philippe Starck.
- L'entreprise reste familiale, aujourd'hui à sa troisième génération, basée à Croissy-Beaubourg.
Un plombier qui brase un tube cuivre tient le plus souvent, sans y penser, un outil dont le principe remonte à plus d’un siècle. La marque Guilbert Express fête ses 120 ans en 2026, et son histoire dit beaucoup de l’évolution du métier : de la lampe à essence de 1905 au chalumeau à cartouche de gaz qui équipe aujourd’hui la caisse à outils de la plupart des installateurs sanitaires.
Comme pour Virax, une autre marque française d’outillage centenaire, cette longévité intrigue. Peu de fabricants d’outillage professionnel traversent trois générations familiales sans se faire absorber par un groupe étranger ou disparaître face à la concurrence asiatique sur le petit outillage.
Cet article retrace la trajectoire de Guilbert Express, du magasin parisien de 1905 à la torche olympique d’Albertville, et explique pourquoi son procédé Cercoflam a changé une manipulation quotidienne du métier de plombier.
1905
Fondation par Léon Guilbert à Paris
1972
Brevet du brûleur Cercoflam
1992
Torche olympique d'Albertville
120 ans
Anniversaire de la marque en 2025-2026
1905 : une boutique parisienne au cœur de la Belle Époque
C’est en 1905 que Léon Guilbert ouvre son commerce au 68 d’une rue parisienne, dans le 11ᵉ arrondissement. La devanture de l’époque, encore visible sur une photo conservée par l’entreprise, annonce la couleur : « appareils à souder et à braser au gaz, à l’alcool, à l’essence et au pétrole ».
Le marché de départ n’est pas la plomberie domestique. Guilbert vend d’abord des appareils de laboratoire et des réchauds pour l’industrie, à une période où l’électricité n’équipe pas encore tous les ateliers. La lampe à souder à essence, alors un objet technique récent, devient vite le produit phare de la maison.
L’enseigne d’origine mentionne aussi des « appareils spéciaux pour laboratoires et industrie » et des « réchauds pour cuisine et chauffe-bains », signe qu’à l’époque, une même petite entreprise couvrait des usages aussi variés que la chimie, la cuisine et le chauffage domestique. Ce n’est qu’avec le temps que la gamme se resserre autour des outils chauffants pour le bâtiment.
La marque « Express » est déposée peu après, pour distinguer les produits fabriqués en interne de ceux simplement revendus. C’est ce nom, plus court et plus facile à imprimer sur un outil, qui traversera le siècle plutôt que le patronyme du fondateur.
Des lampes à essence aux premiers fers électriques
L’entreprise ne reste pas figée sur son produit d’origine. Dans l’entre-deux-guerres, elle élargit sa gamme aux systèmes de soudure fonctionnant au gaz liquide, une transition technique qui suit l’évolution des réseaux de distribution de gaz en ville.
Guilbert Express lance aussi ses premiers fers à souder électriques, un signe que la maison suit les usages plutôt qu’elle ne s’arc-boute sur une seule technologie. Cette diversification lui permet de traverser les deux guerres mondiales sans disparaître, contrairement à beaucoup de petits ateliers parisiens de l’époque.
L’export fait déjà partie de l’histoire de la marque à ce stade. Dès les années 1920, l’entreprise vend vers les colonies françaises, la Belgique et l’Italie. Un service export dédié est créé à la fin des années 1930, bien avant que la mondialisation ne devienne un mot courant dans l’industrie française.
L’après-guerre : le chalumeau entre dans les foyers
Le vrai tournant commercial arrive après la Seconde Guerre mondiale. Guilbert Express commercialise des appareils fonctionnant au butane et au propane, des gaz plus faciles à stocker et à transporter que l’essence des premières lampes. La demande explose dans un pays qui reconstruit son parc de logements.
Au début des années 1950, la marque pousse plus loin : elle développe une gamme de chalumeaux et fers à souder pensée pour le grand public, après avoir étudié les attentes réelles des utilisateurs. Le chalumeau cesse d’être un outil de laboratoire ou d’atelier industriel pour devenir un objet que l’artisan plombier transporte de chantier en chantier.
Cette bascule vers le grand public prépare le terrain à l’innovation la plus connue de la marque, celle qui va vraiment changer le geste du plombier sur un chantier de plomberie domestique.
1972 : le Cercoflam change la façon de braser
En 1972, Guilbert Express dépose le brevet du Cercoflam, un brûleur conçu par César Marietta. Le principe : une flamme enveloppante et circulaire, produite par une buse spécifique, qui chauffe un tube de cuivre de façon plus régulière qu’une flamme classique dirigée d’un seul côté.
Concrètement, le Cercoflam facilite le brasage des raccords sanitaires en réduisant les points froids sur la circonférence du tube, une cause fréquente de brasure mal fondue. Associé à une cartouche de gaz portable, il rend le chalumeau réellement transportable sur un chantier, sans bouteille lourde ni détendeur encombrant.
Conseil
Le Cercoflam ne dispense pas des règles de base du brasage : décaper le tube, chauffer progressivement et laisser refroidir le raccord avant manipulation. C’est la répartition de la flamme qui change, pas la méthode.
Ce brevet compte parmi les plus de 65 déposés par l’entreprise au fil de son histoire, un chiffre revendiqué par la marque elle-même. Il reste une référence citée par les formations aux métiers sanitaires, où le brasage au chalumeau à gaz fait partie des gestes de base enseignés aux futurs plombiers.
Attention
Un chalumeau à gaz produit une flamme ouverte et des fumées de brasage. L’INRS rappelle que ces opérations exposent à des risques d’inhalation et de brûlure : travailler en local ventilé, écarter les matériaux inflammables et vérifier l’absence de fuite sur la cartouche avant chaque usage.
1992 : la flamme olympique d’Albertville
Le fait le plus spectaculaire de l’histoire de Guilbert Express reste sa participation aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville, en 1992. Le corps de la torche, en tôle d’acier inoxydable brossé, est une pièce signée Philippe Starck, conservée aujourd’hui au Centre Pompidou. Le designer avait déjà réalisé le chaudron olympique pour ces mêmes Jeux.
La part de Guilbert Express se situe sur un autre terrain : la partie technique, c’est-à-dire le système de combustion au gaz qui permet à la flamme de brûler pendant le relais, ainsi que la fourniture des cartouches. La torche brûlait un mélange de propylène, de butane et de propane, pour une combustion tenant environ 40 minutes selon le comité olympique. Guilbert Express avance de son côté le chiffre de 150 exemplaires réalisés pour cette édition des Jeux.
Ce contrat olympique illustre un point que l’entreprise revendique depuis toujours : la maîtrise de la combustion au gaz, plutôt que la simple mise en forme d’un objet métallique. C’est cette compétence, née dans les lampes à souder de 1905, qui l’a rendue crédible pour un projet aussi exposé médiatiquement.
Le relais de la flamme a parcouru environ 5 700 kilomètres en France, porté par près de 5 500 relayeurs, avant d’arriver à Albertville en décembre 1991 puis janvier 1992. Pour une PME familiale francilienne, être associée à un événement suivi par des centaines de millions de téléspectateurs reste, encore aujourd’hui, son fait d’armes le plus visible en dehors du monde professionnel du bâtiment.
Le Vulcane et l’automaintenance de la flamme
Après le Cercoflam, l’innovation la plus marquante côté produit reste le chalumeau Vulcane Express, doté d’un système d’automaintenance. Sur un chalumeau classique, l’artisan doit maintenir la gâchette enfoncée tant que la flamme doit rester allumée, une main immobilisée en permanence sur l’outil. Le Vulcane permet à la flamme de rester allumée sans pression continue sur la commande, un vrai gain de confort quand une brasure demande de tenir le tube d’une main et le chalumeau de l’autre.
Ce brevet s’ajoute à un total revendiqué par la marque de plus de 65 brevets déposés depuis 1905, un chiffre qui montre que l’innovation ne s’est pas arrêtée au Cercoflam des années 1970. La marque continue d’ailleurs à breveter des solutions techniques bien après les années 2010 : elle revendique par exemple un premier fer de couvreur fonctionnant totalement à l’hydrogène, récompensé par le premier prix du public d’un concours de l’innovation organisé par la Fédération française du bâtiment.
Cette accumulation de brevets pèse dans la durée. Un fabricant qui dépose régulièrement des brevets techniques, plutôt que de se contenter d’un seul produit iconique, a plus de chances de rester pertinent quand une technologie concurrente arrive sur le marché.
Une entreprise familiale devenue exportatrice
Guilbert Express reste, plus d’un siècle après sa création, une entreprise familiale. En 2005, elle est dirigée par Philippe et Didier Guilbert, petits-fils du fondateur, et la troisième génération de la famille est aujourd’hui aux commandes du développement de la marque.
L’export, présent dès les années 1920, pèse aujourd’hui environ un tiers du chiffre d’affaires, avec une présence revendiquée dans plus de 100 pays via un réseau d’agents, de distributeurs et de filiales. La marque adapte ses raccords, ses détendeurs et ses certifications aux normes locales de chaque marché, un travail moins visible que l’innovation produit mais tout aussi nécessaire pour vendre à l’international.
Cette dimension internationale explique aussi pourquoi la marque, comme d’autres fabricants d’outillage professionnel, a dû suivre des certifications qualité successives : ISO 9001 en 2000, puis une nouvelle version en 2008. Un jalon commercial marque aussi cette période : la vente du cinq millionième chalumeau Express en 2008, célébrée par un trophée en verre gravé « 1905-2008 ».
Où en est Guilbert Express aujourd’hui
L’entreprise a quitté Paris pour Fontenay-sous-Bois après 2010, puis s’est installée en 2023 à Croissy-Beaubourg, en Seine-et-Marne. Le site actuel regroupe sur environ 11 000 m² le bureau d’études, la production et la logistique, avec une équipe d’une centaine de collaborateurs.
La gamme actuelle dépasse largement le chalumeau de plombier : outillage pour la couverture, l’étanchéité bitumineuse, le soudage à gaz et oxyacétylène, plus des consommables de brasage. La marque revendique environ 5 % de son chiffre d’affaires réinvesti en recherche et développement, un effort qui a récemment produit un fer de couvreur fonctionnant à l’hydrogène, présenté comme une première mondiale sur ce segment.
Le parcours qualité de l’entreprise suit ses déménagements. La certification ISO 9001 version 2000 est obtenue peu après le passage du cap des 100 ans, avant une nouvelle version en 2008, l’année même où la marque célèbre la vente de son cinq millionième chalumeau. En 2013, Guilbert Express présente plus de 30 nouveautés au salon Batimat à Paris, dont un chalumeau d’étanchéité qui reste, encore aujourd’hui, une référence citée dans son propre catalogue.
Pour un plombier qui compare aujourd’hui son matériel, la question n’est plus seulement celle du prix du comparatif entre marques d’outillage, mais aussi celle de la disponibilité des cartouches et embouts compatibles sur le long terme, un critère où l’ancienneté d’une marque comme Guilbert Express pèse dans la décision.
Ce que cette histoire dit du métier de plombier
Le passage de la lampe à essence de 1905 au chalumeau à cartouche des années 2020 accompagne, presque en parallèle, l’évolution des méthodes d’assemblage sanitaire. Le sertissage à froid a gagné du terrain sur certains chantiers, notamment en rénovation où le risque de flamme nue pose problème, mais le brasage au chalumeau reste la référence sur de nombreuses installations en cuivre, en neuf comme en réparation.
Cette coexistence entre deux techniques, l’une héritée directement de l’histoire de marques comme Guilbert Express et l’autre plus récente, illustre bien la différence entre les métiers de plombier et d’électricien : le premier travaille encore beaucoup avec le feu, quand le second en est le plus souvent tenu éloigné par principe de sécurité.
Une soudure mal faite avec un chalumeau, quelle que soit la marque de l’appareil, reste d’ailleurs une cause identifiée de fuite sous un évier de cuisine des années après l’installation. L’outil ne remplace jamais le geste, mais un matériel fiable et bien entretenu réduit sensiblement ce risque.
Pour un particulier qui envisage de braser lui-même un raccord, le repère utile n’est pas la marque du chalumeau mais la formation au geste. Chauffer un tube de cuivre sans faire fondre le métal d’apport au bon endroit, ou sans avoir purgé correctement le circuit d’eau, produit une brasure qui semble étanche le jour de la pose et qui fuit des mois plus tard. C’est un des points sur lesquels l’expérience d’un professionnel formé fait une vraie différence, au-delà du seul matériel utilisé.
L’histoire de Guilbert Express illustre aussi une chose simple : un outil qui traverse un siècle n’est presque jamais figé. Chaque décennie de la marque correspond à une adaptation technique, du gaz liquide de l’entre-deux-guerres à l’hydrogène des années récentes. Pour l’artisan d’aujourd’hui, le nom Guilbert Express renvoie moins à un outil unique qu’à une culture d’entreprise centrée sur la maîtrise de la flamme, appliquée à des usages qui ont beaucoup changé depuis 1905.
Ce que dit l’INRS sur les risques du brasage au chalumeau
L’INRS distingue le soudage, qui fait fondre le métal de base lui-même, du brasage, où seul le métal d’apport fond à une température plus basse pour assembler deux pièces sans les mettre elles-mêmes en fusion. Le brasage au chalumeau à gaz, celui pratiqué par un plombier sur un tube de cuivre, relève de cette seconde catégorie, généralement moins agressive que le soudage à l’arc mais loin d’être sans risque.
Les fumées produites lors d’un brasage exposent surtout aux résidus de flux décapant et, sur des tubes anciens, à d’éventuels résidus de traitement de surface. L’institut rappelle aussi que la combustion des gaz utilisés dans les chalumeaux peut dégager du monoxyde de carbone en local mal ventilé, un risque invisible et sans odeur qui ne dépend pas de la marque de l’appareil.
Sur un chantier occupé, ces recommandations rejoignent le bon sens du métier : ventiler la pièce, écarter les matériaux inflammables autour du point de brasage et ne jamais utiliser un chalumeau dont la cartouche de gaz montre un signe de fuite ou de choc.
Qui a fondé Guilbert Express et en quelle année ?
L'entreprise a été fondée en 1905 à Paris par Léon Guilbert, alors spécialisé dans les appareils à souder et à braser au gaz, à l'essence et au pétrole. La marque Express est ensuite déposée pour distinguer sa production.
Qu'est-ce que le procédé Cercoflam ?
Le Cercoflam est un brûleur breveté en 1972, conçu par César Marietta, qui produit une flamme enveloppante autour du tube plutôt qu'une flamme dirigée d'un seul côté. Associé à une cartouche de gaz portable, il a rendu le chalumeau de brasage réellement transportable sur chantier.
Guilbert Express a-t-elle vraiment fabriqué la torche olympique d'Albertville ?
La forme de la torche a été dessinée par le designer Philippe Starck, dont l'œuvre est aujourd'hui conservée au Centre Pompidou. Guilbert Express a pris en charge la partie technique : le système de combustion au gaz et la fourniture des cartouches utilisées lors des Jeux olympiques d'hiver de 1992.
Où sont fabriqués les chalumeaux Guilbert Express aujourd'hui ?
La production est regroupée depuis 2023 à Croissy-Beaubourg, en Seine-et-Marne, sur un site d'environ 11 000 m² qui réunit bureau d'études, fabrication et logistique. L'entreprise reste dirigée par la troisième génération de la famille Guilbert.
Le nom de la marque est-il Guilbert ou Express ?
La raison sociale complète est Guilbert Express, du nom du fondateur Léon Guilbert associé à la marque commerciale Express déposée peu après la création de l'entreprise. Dans le langage courant des artisans, la marque est presque toujours désignée simplement par Express.
Qu'apporte le chalumeau Vulcane Express par rapport au Cercoflam ?
Le Cercoflam concerne la forme de la flamme, enveloppante autour du tube. Le Vulcane, lancé plus tard, ajoute un système d'automaintenance : la flamme reste allumée sans que l'artisan garde la gâchette enfoncée en continu, ce qui libère une main pendant le brasage.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78) & Hauts-de-Seine (92)
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. Chaque contenu du site est rédigé et relu par ses soins.
Recevez les nouveaux guides
Une notification par semaine dans votre navigateur, sur les nouveaux guides et les changements de norme. Aucune adresse email demandée.
Sources officielles et références
- 1. Guilbert Express — Express depuis 1905 (historique officiel)
- 2. Guilbert Express — Le brûleur Cercoflam
- 3. Wikipédia — Guilbert Express
- 4. Centre Pompidou — Flambeau olympique Albertville, Philippe Starck
- 5. Olympics.com — Albertville 1992, la flamme
- 6. INRS — Fumées de soudage, un risque majeur Officiel
- 7. INRS — Soudage de métaux, les risques du métier Officiel
Un projet électrique en Yvelines ou Hauts-de-Seine ?
Réservation 60 €, intégralement déduits de la facture si intervention. Conseils gratuits au téléphone.
Calculez, comparez ou vérifiez.
Convertisseur électrique
Convertissez V, A, W, kW et kVA en monophasé ou triphasé.
Caméra d'inspection de canalisation : le comparatif
Comparer les options
Chalumeau Express ou Rothenberger : lequel choisir
Comparer les options
Cintreuse tube : Virax, REMS ou Rothenberger
Gagner du temps