Site d’Épernay
Le siège social et les moyens de production sont regroupés sur ce même site depuis 1964.
Vérifié le par
Théo Desrousseaux, électricien
(diplômes et certifications)
En bref
Quand un plombier ouvre sa caisse, il y a de fortes chances qu’une pince à sertir rouge et noir, une cintreuse ou un coupe-tube porte le logo Virax.
C’est une des rares marques d’outillage de plomberie encore fabriquées en France, et son histoire commence bien avant les batteries et les applications mobiles.
Je répare des installations où l’eau et l’électricité se croisent en permanence, et je vois passer beaucoup de matériel. Virax revient souvent, autant sur les bases de la plomberie domestique que sur les chantiers de rénovation lourde.
Cet article retrace la trajectoire de la marque, de l’atelier de 1920 à l’usine d’Épernay d’aujourd’hui. Il dit aussi ce que Virax fabrique réellement, ce qu’elle achète ailleurs, et ce que valent ses gammes pour un artisan en 2026.
1920
Création de l’atelier Metivier-Lang à Gentilly
1964
Installation de l’usine à Épernay
25 000 m²
Surface du site de production actuel
42+
Pays atteints par les filières dès Épernay
Le 8 février 1920, Alfred Lang et André Metivier fondent les établissements Metivier-Lang, un atelier artisanal installé à Gentilly, au sud de Paris. On y usine les premières filières Virax, ces outils qui taillent un filetage sur un tube métallique.
Le nom de la marque vient directement de l’outil. La filière est composée de peignes qui virent autour de l’axe central du tube pour former le pas de vis. « Virer autour de l’axe » a donné Virax. Un nom qui décrit un geste, pas un slogan marketing.
L’atelier trouve vite son marché. La production sert d’abord la France, puis l’export démarre dès 1923. La demande grimpe au point que le site de Gentilly devient trop petit : la fabrication déménage à Villemomble pour gagner de la capacité.
Cette photo d’atelier dit l’essentiel : dès le départ, Virax usine ses propres outils. Ce n’est pas un simple assembleur qui appose une marque sur des pièces achetées. C’est un point qui structure toute l’histoire de la maison, et qui la distingue de nombreuses marques d’outillage devenues de simples enseignes.
Les filières continuent leur conquête des marchés extérieurs, jusqu’au Japon. Le carnet de commandes déborde la capacité de l’usine. En 1964, Virax fait un choix qui l’engage pour longtemps : tout regrouper à Épernay, en Champagne.
Le transfert est total. Siège social, services administratifs, commerciaux et moyens de production s’installent sur un même site de 25 000 m², sur plus de 9 hectares de terrain, quai de la Marne. À cette période, les filières sont déjà présentes dans plus de 42 pays.
Site d’Épernay
Le siège social et les moyens de production sont regroupés sur ce même site depuis 1964.
Ce site est toujours le cœur de la marque en 2026. C’est là que sont conçues, assemblées et testées les machines vendues aujourd’hui. Une longévité rare pour un fabricant d’outillage, à l’heure où beaucoup de production a quitté l’Europe.
En 1997, le site d’Épernay obtient la certification ISO 9001 sur la qualité, suivie de l’ISO 14001 sur l’environnement puis de l’ISO 45001 sur la santé et la sécurité au travail. Ces certifications ne font pas la qualité d’un outil à elles seules, mais elles cadrent un savoir-faire industriel resté sur place.
En 2020, la marque a fêté son centenaire, un cap que peu de fabricants d’outillage atteignent sans avoir été démantelés ou délocalisés.
Cet ancrage local se voit aussi dans la vie de l’entreprise : en 2023, une partie des salariés ont nettoyé les berges de la Marne dans le cadre d’actions environnementales, sous la direction générale de Christelle Rouland.
Ce sont des détails, mais ils disent une chose utile pour l’artisan : derrière la marque, il y a encore une usine et des équipes identifiables, pas seulement un catalogue.
Virax n’est pas resté le fabricant d’un seul outil. Au fil des décennies, la maison a suivi l’évolution des chantiers de plomberie et de chauffage, en ajoutant des familles entières là où le métier changeait de technique.
Le tournant majeur, c’est le passage du cuivre soudé au raccord serti. Pendant des décennies, un plombier assemblait ses réseaux à la flamme, au chalumeau. L’arrivée du sertissage à froid a supprimé la soudure sur beaucoup de chantiers, notamment en rénovation d’appartement occupé, où une flamme est un risque.
Virax a suivi ce mouvement en développant ses presses à sertir.
Banc d’essai réseau
Un réseau serti se vérifie autant qu’il se monte : la marque teste ses ensembles en interne avant mise sur le marché.
En parallèle, la marque a densifié les outils qui préparent le tube avant assemblage : coupe-tubes à molette, ébavureurs, calibreurs pour le multicouche, cintreuses manuelles et hydrauliques.
Sur ces outils mécaniques, la marge de progrès technique est faible et la fiabilité prime, ce qui joue en faveur d’un fabricant installé depuis un siècle.
La marque a aussi ajouté des outils de contrôle : pompes d’épreuve pour tester l’étanchéité d’un réseau sous pression, appareils de mesure, caméras d’inspection. C’est un complément logique, car un réseau serti se vérifie autant qu’il se monte.
Un bruit anormal de canalisation ou une baisse de pression envoie souvent le plombier vers ces mêmes instruments.
Il faut séparer l’image et la réalité industrielle. Selon l’annuaire officiel des entreprises, Virax S A est une SAS immatriculée sous le SIREN 562 086 330, dont l’activité déclarée est la fabrication d’autres outillages (code NAF 25.73B). En 2023, l’entreprise employait 100 à 199 salariés et restait classée PME.
On est donc loin d’un géant. Virax est une entreprise moyenne qui pèse par sa spécialisation, pas par sa taille. Le site d’Épernay conçoit, assemble et contrôle, mais une PME de cette taille ne fond pas son propre acier ni ne fabrique ses cellules de batterie.
Le cas des machines électroportatives est le plus parlant. Les sertisseuses Viper fonctionnent sur le système de batterie CAS (Cordless Alliance System). Or ce système est développé en Allemagne, piloté par Metabo, et partagé par plus de quarante fabricants. La batterie qui alimente une Virax n’est donc pas une pièce maison.
Info
Le CAS est un choix assumé et plutôt malin : au lieu de développer un parc batterie isolé, Virax rejoint un standard multimarque. L’artisan qui possède déjà une machine CAS réutilise ses batteries. C’est l’inverse d’une plateforme fermée comme celle décrite dans l’histoire de Makita, où tout tourne autour de la batterie propriétaire.
La ligne de partage est donc claire. Virax conçoit ses machines et ses outils, usine une grande partie de la mécanique et assemble à Épernay. Elle achète l’électronique, les cellules de batterie et certains composants standards, comme le fait toute PME d’outillage.
Parler de « 100 % made in France » sur l’ensemble du catalogue serait faux ; parler d’un fabricant français réel est juste.
| Famille d’outils | Rôle sur le chantier | Cœur de métier historique |
|---|---|---|
| Famille d’outils Filières et coupe-tubes | Rôle sur le chantier Fileter et couper le tube acier ou cuivre | Cœur de métier historique Oui, depuis 1920 |
| Famille d’outils Cintreuses | Rôle sur le chantier Cintrer cuivre, PER et multicouche | Cœur de métier historique Oui, spécialité maison |
| Famille d’outils Sertisseuses Viper | Rôle sur le chantier Assembler les raccords à sertir | Cœur de métier historique Machine récente, batterie CAS |
| Famille d’outils Déboucheurs | Rôle sur le chantier Curer les canalisations bouchées | Cœur de métier historique Gamme élargie plus tard |
| Famille d’outils Contrôle et mesure | Rôle sur le chantier Épreuve, pression, inspection réseau | Cœur de métier historique Complément de gamme |
Les grandes familles d’outillage Virax et leur ancienneté dans la maison.
Ces outils s’adressent surtout aux plombiers et chauffagistes, un métier distinct de l’électricien même si nos chantiers se croisent souvent, comme je le détaille sur les différences entre plombier et électricien.
C’est aussi le matériel que manipule un apprenti qui prépare le CAP monteur en installations sanitaires.
C’est le point sur lequel il faut être honnête. On lit partout, sur des forums et des sites marchands, que Virax appartiendrait au groupe allemand Rothenberger, et que certaines machines seraient rebadgées d’une marque à l’autre.
Ce que confirment les documents légaux, c’est que Virax S A est une SAS à associé unique : son capital est détenu par un seul actionnaire, ce qui est courant pour une filiale de groupe.
La page « Histoire » du site corporate de Rothenberger confirme elle-même avoir investi, dans les années 2000, « dans des marques internationales comme Virax en France » — la première source officielle que je trouve sur ce lien.
Elle ne précise cependant ni le niveau de participation, ni un partage de production ou de rebadgeage entre les deux catalogues.
Attention
La source officielle Rothenberger confirme un investissement dans Virax, pas une fusion des gammes. Je rapporte ce que le texte dit exactement, sans en déduire un partage de production ou un rebadgeage entre les deux catalogues, que rien ne documente à ce jour.
Le débat du rebadgeage mérite un article à part, avec une comparaison outil par outil, machine par machine.
Je l’ai traité séparément dans le comparatif Virax ou Rothenberger, qui pose aussi la question pour REMS, où la question de la production partagée se pose concrètement, machine par machine.
L’outillage de plomberie professionnel est dominé par quelques noms, souvent allemands : Rothenberger, fondé à Spire en 1949, et REMS, familiale depuis 1909. Face à eux, Virax n’est pas le plus gros, mais il occupe une place de spécialiste français bien identifiée.
Cette position n’a rien d’évident. Beaucoup de marques d’outillage françaises ont été absorbées ou vidées de leur production.
Virax a gardé une usine et une conception sur le sol français, ce qui la rapproche, dans sa logique, de maisons comme celle décrite dans l’histoire de Stanley, même si les deux n’ont ni la même taille ni le même métier.
L’avantage concret pour l’artisan est double. Le service après-vente et les pièces détachées sont gérés depuis la France, avec des délais courts. Et le réseau de distribution professionnel connaît la marque, ce qui facilite le dépannage d’une machine en panne un vendredi soir de chantier.
Le porte-drapeau actuel, c’est la sertisseuse Viper M2X. C’est une presse électro-mécanique de 20 kN, d’environ 2,1 kg avec batterie, capable de sertir du cuivre de 12 à 28 mm, du multicouche jusqu’à 40 mm et du PER jusqu’à 32 mm. Une maintenance est prévue tous les 20 000 cycles.
Sur ce segment, Virax tient la comparaison avec les allemands sans les surpasser partout. La machine est maniable, l’écosystème de mâchoires est large, et le passage au standard CAS évite d’être prisonnier d’un parc batterie. Le prix des mâchoires et des inserts pèse sur le budget, sur tout le segment.
Au-delà du sertissage, le vrai socle de la marque reste les outils mécaniques : cintreuses, coupe-tubes, ébavureurs, filières. Ce sont eux qui ont bâti la réputation, et ce sont souvent les plus fiables, parce qu’ils reposent sur un siècle d’usinage et ne dépendent d’aucune électronique.
La cintreuse est un bon exemple de ce savoir-faire. Cintrer un tube recuit (mou) et un tube écroui (dur) ne demande ni le même effort ni le même outil : le premier se plie à la main sur une cintreuse à ressort ou à galet, le second réclame une cintreuse hydraulique pour ne pas s’écraser.
Virax couvre les deux cas, avec des rayons de cintrage calibrés qui évitent de fissurer le cuivre. C’est le genre de détail qui distingue un outil pensé par un fabricant d’un accessoire générique.
Côté débouchage, la gamme s’est élargie, même si les gros diamètres restent le terrain des machines dédiées. Pour un particulier confronté à un WC bouché, l’outil lourd n’est pas nécessaire, et les méthodes de débouchage sans produit chimique suffisent le plus souvent.
Sur mes chantiers mixtes, les cintreuses et coupe-tubes Virax sont ceux que je vois durer le plus. Les machines à batterie, elles, se jugent surtout à la disponibilité des mâchoires et du SAV, pas au logo.
Pour un professionnel de la plomberie qui travaille en France, Virax reste un choix solide et rationnel. La marque n’est pas la moins chère, mais elle offre un vrai fabricant, un SAV local et une gamme cohérente qui couvre l’essentiel du métier, du tube coupé au raccord serti.
Pour un particulier bricoleur, l’investissement dans une sertisseuse électroportative n’a de sens que sur un gros projet.
Sur de petites réparations, un outillage manuel de qualité correcte et un peu de méthode suffisent, y compris pour changer un joint de robinet qui fuit.
Virax en résumé
Un fabricant français réel, pas un simple assembleur, avec une usine à Épernay depuis 1964. Fort sur les outils mécaniques, correct sur l’électroportatif via le standard CAS. Le flou sur le capital et le prix des consommables empêchent le sans-faute, mais la marque tient sa place face aux allemands.
3 questions
InteractifQuiz : Virax, histoire d’un fabricant français d’outillage
3 questions sur Virax, histoire d’un fabricant français d’outillage
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Oui, avec des nuances. Virax conçoit, assemble et teste ses outils sur son site d'Épernay depuis 1964, et la société est une SAS française de 100 à 199 salariés. En revanche, certains composants sont achetés à l’extérieur, notamment les batteries CAS développées en Allemagne, donc parler de 100 % made in France sur tout le catalogue serait inexact.
Du geste de la filière d’origine. Ses peignes virent autour de l’axe du tube pour tailler le filetage, ce qui a donné le nom Virax en 1920. La marque doit donc son nom à son premier outil, pas à un choix marketing.
La page officielle « Histoire » du groupe Rothenberger mentionne avoir investi dans des marques internationales, dont Virax en France. Virax S A est par ailleurs une SAS à associé unique, cohérent avec ce lien. Ni l’un ni l’autre ne précise le niveau de participation ni un partage de production.
Sur le papier, la Viper M2X de 20 kN et environ 2,1 kg tient la comparaison avec REMS ou Rothenberger. Son atout est le standard batterie CAS, partagé avec plus de quarante marques. Son point faible reste le coût des mâchoires et inserts, commun à tous les fabricants du secteur.
Le SAV et les pièces détachées sont gérés depuis la France, via le réseau de distribution professionnel et le site d’Épernay. C’est un avantage concret face à une marque dont le service serait basé à l’étranger, notamment pour les délais de remise en service d’une machine.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.
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