3M ou uvex : protections

Théo Desrousseaux 9 min de lecture

Publié le 2 septembre 2026

3M ou uvex : protections Photo : xmphiscbmexupobiaivk.supabase.co
Lunettes de protection sur un chantier de construction.

En bref

  • Sur des lunettes de protection, 3M et uvex se départagent sur trois points vérifiables : le traitement antibuée, la tenue de la monture et la traçabilité du marquage — pas sur la marque.
  • Le référentiel a changé : l’EN ISO 16321-1 succède à l’EN 166, et sa référence est publiée au JOUE comme norme harmonisée du règlement EPI 2016/425.
  • Côté buée, 3M déploie son revêtement Scotchgard sur plusieurs familles de lunettes (SecureFit 400, Solus 1000, BX, Virtua, OX), uvex mise sur le traitement supravision excellence du pheos cx2.
  • Les seuils réglementaires restent la base : 80 dB(A) pour la VAI, 85 dB(A) pour la VAS et 87 dB(A) pour la VLE, cette dernière étant calculée avec l’atténuation des protecteurs.
  • Un protecteur auditif ne porte pas systématiquement son marquage : l’EN 352-1:2020 n’exige pas d’étiquetage sur le serre-tête, la conformité se lit sur la notice et le certificat.

3M et uvex vendent tous les deux des lunettes de protection pour le travail. Sur ce terrain, la marque pèse moins que trois éléments vérifiables : le traitement du verre, la tenue de la monture sur le visage et la traçabilité du marquage.

Sur l’oreille, la question ne se pose même pas en ces termes. La protection auditive se lit avec les mêmes outils, quelle que soit la marque : une norme par famille, une atténuation annoncée et un confort qui décide du port réel, donc de la protection effective.

Ma règle d’achat tient en une phrase : je pars du risque à couvrir, je cherche la norme qui le couvre, et je ne descends au modèle qu’à la fin. C’est l’inverse de l’ordre dans lequel les catalogues se lisent.

EN ISO 16321-1

la norme oculaire qui succède à l’EN 166

22 dB

le SNR annoncé des bouchons uvex whisper

80 dB(A)

le seuil de VAI qui déclenche la mise à disposition des protecteurs

6 têtes

les morphologies d’essai d’impact de la nouvelle norme

Ce que la norme tranche à votre place

Le référentiel de la protection oculaire professionnelle a changé : la norme en vigueur est désormais l’EN ISO 16321-1:2022 Recommandation Décision (UE) 2023/941 .

Sa publication au JOUE en fait une norme harmonisée du règlement EPI 2016/425 : s’y conformer vaut présomption de conformité aux exigences essentielles du règlement.

La bascule vient d’une décision de la Commission qui révise les anciennes références. Les EN 166:2001, EN 170:2002, EN 171:2002 et EN 172:1994 font partie des normes révisées dont les références sont retirées du JOUE.

Le durcissement le plus concret porte sur l’essai d’impact. uvex, qui documente la transition sur son blog, retient une bille en acier de 25 mm et 66 g au lieu de 22 mm et 43 g sous l’EN 166:2001, et 6 têtes d’essai au lieu de 2 — de quoi couvrir près de 95 % des morphologies humaines.

Trois parties structurent la nouvelle norme : la partie 1 pour les exigences générales, la partie 2 pour le soudage, la partie 3 pour les protecteurs grillagés. Un écran de soudage et une lunette de chantier ne suivent donc pas le même texte.

Référentiel Champ Statut
Référentiel EN ISO 16321-1:2022 Champ Exigences générales des protecteurs oculaires, à la place de l’EN 166 Statut Publiée au JOUE comme norme harmonisée de l’Union
Référentiel EN ISO 16321-2:2021 Champ Protection des yeux en soudage Statut Publication au JOUE avec restriction
Référentiel EN ISO 16321-3:2022 Champ Protecteurs grillagés Statut Publication au JOUE avec restriction
Référentiel NF EN ISO 16321-1 Champ Version française de la partie 1 Statut Publiée le 02/09/2022, annexe ZA liée au règlement 2016/425

Le référentiel oculaire européen et son homologue français, d’après la décision (UE) 2023/941, l’AFNOR et uvex.

Cette transition n’annule pas les paires déjà en service. Selon uvex, les produits certifiés EN 166 avant le 31 octobre 2025 peuvent rester étiquetés et mis sur le marché jusqu’au 31 octobre 2030, et un certificat EN 166 reste valide jusqu’à son expiration, 5 ans maximum.

Depuis le 11 novembre 2025, toujours selon uvex, seules les certifications EN ISO 16321 sont reconnues pour les nouvelles mises sur le marché. C’est ce qui explique deux régimes de marquage en rayon.

Le marquage et la notice, la trace qui reste

La nouvelle norme encadre le marquage au chapitre 8 et les informations fournies par le fabricant au chapitre 9. La conformité se lit donc sur deux supports : ce qui est imprimé sur le protecteur, et ce que dit la notice qui l’accompagne.

Chez uvex, le pheos cx2 donne un exemple lisible : marquage « W 166 FT CE – 5-3.1 W1 FTKN CE », avec une double certification EN 166:2001 et EN ISO 16321-1:2022 sur la fiche du fabricant.

Ce détail sert plus qu’un logo : c’est lui qui permet de retrouver le modèle, son certificat et son régime deux ans après l’achat, au moment de remplacer ou de contrôler l’équipement.

Info

Pendant la transition, un modèle EN 166:2001 et un modèle EN ISO 16321-1:2022 peuvent voisiner sur le même présentoir. Les deux peuvent être conformes : c’est le certificat et la notice du modèle précis qui tranchent.

Antibuée : Scotchgard chez 3M, supravision chez uvex

La buée est le premier motif pour lequel une paire de lunettes finit dans la poche. Elle se forme quand l’air expiré, chaud et humide, rencontre un verre plus froid, et elle revient plus vite sur un verre déjà rayé.

3M attaque le problème par le revêtement. La marque déploie son traitement Scotchgard sur une large partie de sa gamme, des familles SecureFit série 400 (SF401SGAF-BLU, SF407SGAF-BLU) et Solus série 1000 (S1101SGAF) à BX, Virtua et OX, selon la page catégorie de 3M.

Sur cette même page, les filtres recensent 34 produits à revêtement « antiégratignures et antibuée » et 8 produits au seul antibuée. Autrement dit, la gamme se lit par traitement autant que par monture.

Chez uvex, le pheos cx2 s’appuie sur le traitement supravision excellence : antibuée à l’intérieur, résistant aux rayures et aux produits chimiques à l’extérieur, d’après la fiche produit du fabricant.

Les deux approches répondent au même mécanisme. Ce qui les sépare au quotidien, c’est l’entretien : le protocole du fabricant fixe la bonne méthode de nettoyage, et c’est lui qui conditionne la tenue du revêtement.

Lunettes 3M : la gamme avant le modèle

3M traite la buée à l’échelle de la gamme : le revêtement Scotchgard irrigue plusieurs familles, et la page catégorie range les produits par type de revêtement.

La conséquence est pratique. Chez 3M, le choix se joue d’abord sur la monture et sur l’usage, puis sur le traitement : pour un poste de perçage ou de grignotage, je cherche un verre qui combine antibuée et antiégratignures, parce que les deux contraintes arrivent ensemble.

Lunettes uvex : ce que la fiche détaille

En face, la fiche du pheos cx2 détaille le produit : verre en polycarbonate, traitement supravision excellence, protection UV400, pont nasal souple et branches à embouts souples.

La fiche ajoute un écran x-tended eyeshield contre les poussières et les projections de liquides, et trois référentiels de certification : EN 166:2001, EN ISO 16321-1:2022 et EN 172:1994+A1+A2.

Voir l’ancien et le nouveau référentiel sur la même fiche résume la transition : les deux régimes coexistent sur les certificats, et c’est bien le certificat du modèle précis qui fait foi, pas la famille de produits.

casque de chantier uvex pheos B-WR

Casque de chantier uvex pheos

Le tour de tête se règle à l’arrière — c’est ce réglage qui décide du maintien.

Source : Denios (revendeur uvex)

La gamme d’EPI uvex pour l’électricien détaille les quatre familles de la marque, dont le gant isolant power protect V1000 et les casques de chantier.

Sur le bruit, la marque ne dit rien d’utile. Ce qui compte tient en trois lignes : la norme de la famille, l’atténuation annoncée et la forme du protecteur.

La famille EN 352 se lit par parties : la EN 352-1:2020 traite des serre-tête, la EN 352-2 des bouchons, la norme que revendique par exemple la fiche des uvex whisper.

Serre-tête antibruit 3M Peltor X2A posé sur un bureau

Serre-tête 3M Peltor X2A

Le réglage de l’arceau et le contact des coques décident du port prolongé.

Un détail officiel surprend souvent : l’EN 352-1:2020 n’exige pas la présence d’un étiquetage sur le produit, précise la version consolidée de la décision (UE) 2023/941. La vérification passe donc par la notice et le certificat, pas par la coque.

Les bouchons whisper d’uvex illustrent la lecture d’une fiche : EN 352-2, un SNR de 22 dB, le détail par bandes H 23 / M 19 / L 17, et deux exigences supplémentaires — percevoir un signal ferroviaire en superstructure (S) et un signal d’avertissement général (W).

Ces valeurs restent des données déclarées par le fabricant, sur un échantillon certifié et avec un port correct. Un SNR sert donc à comparer deux protecteurs, pas à garantir à lui seul l’exposition réelle.

Les seuils réglementaires donnent la grille : VAI à 80 dB(A) et 135 dB(C), VAS à 85 dB(A) et 137 dB(C), VLE à 87 dB(A) et 140 dB(C). Les protecteurs individuels doivent être à disposition dès la VAI, et la VLE se calcule en tenant compte de leur atténuation.

Au-delà de la VAS s’ajoutent un programme de réduction du bruit, la signalisation des zones bruyantes et le contrôle de l’utilisation effective des protecteurs. L’INRS rappelle aussi l’ordre des priorités : réduire le bruit à la source et protéger collectivement avant de compter sur un EPI.

Le Code du travail définit les mêmes indicateurs : pression de crête pondérée C, exposition quotidienne sur 8 heures, exposition hebdomadaire sur 5 journées de 8 heures (article R.4431-1).

Confort prolongé : ce qui lâche avant la norme

Une protection que l’on retire ne protège plus. C’est vrai pour des lunettes qui glissent sur le nez comme pour des bouchons qui deviennent pénibles au bout d’une heure.

Sur des lunettes, je regarde le pont nasal, les branches et la présence d’un écran latéral. Sur un protecteur auditif, je regarde la taille, le poids et le mode de port : bouchon, serre-tête ou coque montée sur casque.

Le reste se juge au port réel. Un modèle essayé deux minutes en cabine ne dit rien de la troisième heure, et c’est la raison pour laquelle je valide un exemplaire avant d’en commander plusieurs.

Protecteur Ce qui pèse sur une journée Ce qui se vérifie
Protecteur Lunettes Ce qui pèse sur une journée Pression du pont nasal, appui des branches Ce qui se vérifie Un verre qui bouge ouvre la protection latérale
Protecteur Bouchons Ce qui pèse sur une journée Confort de la canule, cordon, lavabilité Ce qui se vérifie Un bouchon mal placé atténue moins que son SNR
Protecteur Serre-tête Ce qui pèse sur une journée Pression des coques, chaleur, compatibilité avec le casque Ce qui se vérifie Conformité à lire sur la notice, pas sur la coque

Les points qui décident sur une journée de travail, avant la fiche technique.

Comment je tranche selon le poste

Sur un poste de perçage, de grignotage ou de câblage hors tension, je pars d’une lunette fermée avec un revêtement antibuée, puis je valide la monture. Les deux marques ont des réponses sur ce terrain, et c’est le certificat du modèle qui tranche entre deux candidats.

Dès qu’une pièce reste sous tension, l’EPI oculaire sort de l’équation : la protection vient du gant isolant, de l’outillage isolé 1 000 V et de la vérification d’absence de tension.

gants isolants d’une autre marque, montrés en exemple, classe 0 avec protection arc électrique CAT 2
Des gants isolants d’une autre marque, montrés en exemple : classe 0 avec protection arc électrique CAT 2. Source : Sofamel

Quand un casque est déjà porté, la compatibilité avec la protection oculaire ou auditive se vérifie avant l’achat : le casque d’électricien et ses accessoires suivent leurs propres normes, différentes de celles des lunettes.

casque Catu MO-180-ARC12 avec écran facial et protection du cou

Casque à écran Catu MO-180-ARC12

Le MO-180-ARC12 de Catu, photographié sur le site officiel de la marque.

Source : CATU

Pour équiper un poste complet, je hiérarchise : le risque direct d’abord, le confort ensuite. C’est l’ordre que je suis dans le budget d’équipement du débutant.

La démarche vaut pour le reste de la tenue : sur les chaussures de sécurité, c’est encore le marquage et l’usage qui décident, pas l’apparence du modèle.

Le cadre reste le même partout : hors tension, consigné, vérifié. Les niveaux et symboles d’habilitation électrique disent qui a le droit d’intervenir, et l’EPI individuel vient en dernier recours.

Avant de choisir une protection

Aucun EPI oculaire ou auditif ne remplace la mise hors tension et la vérification d’absence de tension. La coupure, la consignation et, quand le risque l’exige, l’habilitation électrique passent d’abord ; l’équipement individuel vient ensuite.

Urgence électrique dans le 78, le 92 et Paris Ouest

Ce que je retiens de ce face-à-face

Face à deux marques qui remplissent les mêmes référentiels, la bonne question n’est pas de savoir qui est le meilleur, mais quelle référence couvre le risque, avec quel certificat, et si l’équipement tiendra une journée entière.

  • Vérifier le marquage et la notice du modèle exact avant de valider une référence.
  • Comparer les traitements : antibuée à l’intérieur, anti-rayures à l’extérieur, et l’entretien que chacun impose.
  • Choisir l’atténuation auditive d’après l’exposition et la durée, pas d’après le prix affiché.
  • Prévoir le remplacement : un verre rayé et un bouchon usé perdent ce que la fiche annonce.

Le reste est affaire de poste. Une monture qui tient sur un visage ne tient pas forcément sur un autre, et cette variable-là ne figure sur aucune fiche : c’est celle que je fais essayer avant de commander.

3M ou uvex : quelle marque choisir pour des lunettes de protection ?

Les deux proposent des lunettes de sécurité pour le travail, et le choix se joue sur des critères vérifiables : le traitement antibuée, la tenue de la monture sur le visage et le marquage du modèle. La marque, seule, ne protège pas.

L’EN 166 est-elle encore valable ?

Oui, pour les produits déjà certifiés : selon uvex, les modèles certifiés EN 166 avant le 31 octobre 2025 peuvent rester sur le marché jusqu’au 31 octobre 2030, et un certificat reste valide jusqu’à son expiration. Les nouvelles mises sur le marché passent par l’EN ISO 16321.

Comment lire un SNR de 22 dB ?

Le SNR est une atténuation moyenne annoncée par le fabricant, mesurée sur un échantillon certifié et supposant un port correct. Il aide à comparer deux protecteurs, mais il ne garantit pas à lui seul l’exposition réelle : la mise en place compte autant que la valeur.

Un protecteur auditif porte-t-il toujours un marquage ?

Non : la version consolidée de la décision (UE) 2023/941 précise que l’EN 352-1:2020 n’exige pas d’étiquetage sur le produit. La conformité d’un serre-tête se vérifie sur la notice et le certificat.

Faut-il des lunettes spéciales pour travailler près d’une pièce sous tension ?

Non. La protection contre le risque électrique vient de la mise hors tension, de la vérification d’absence de tension, du gant isolant et de l’outillage isolé. Les lunettes protègent des projections et de la poussière, pas du contact électrique.

Théo Desrousseaux au travail

Théo Desrousseaux

Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest

Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.

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Zone d'intervention : Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest — Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Rueil-Malmaison, Boulogne-Billancourt, Neuilly-sur-Seine et communes alentour. Pour chiffrer une intervention locale, consultez les prix électricien à Versailles ; en panne ouverte, passez par l'urgence électrique à Versailles.
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