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Legallais : 135 ans de quincaillerie professionnelle

Théo Desrousseaux 10 min de lecture

Publié le 1 août 2026

Legallais : 135 ans de quincaillerie professionnelle Photo : Legallais — entreprise-legallais.com
Vue du magasin Legallais de Mondeville (Calvados), premier site dédié aux professionnels. L'enseigne, fondée en 1889 à Caen, y a installé son offre pro à partir de 1985.

En bref

  • Legallais est né en 1889 à Caen, quand Daniel Legallais, âgé de 23 ans, a racheté la quincaillerie de la rue de Vaucelles.
  • Après la destruction de 1944 et le dépôt de bilan de 1984, l'entreprise familiale s'est recentrée sur les professionnels du bâtiment.
  • Le groupe annonce aujourd'hui 60 000 références, une plateforme logistique à Saint-André-sur-Orne et 32 points de vente.
  • Pour un artisan, Legallais compte pour la visserie, l'outillage et les consommables commandés en ligne, avec des prix affichés après connexion.

Legallais, c’est d’abord une quincaillerie de quartier à Caen, rachetée en 1889 par un vendeur de 23 ans, Daniel Legallais, devenue un siècle plus tard le premier distributeur français de quincaillerie pour les professionnels du bâtiment. L’entreprise familiale a traversé la destruction de ses locaux en 1944, un dépôt de bilan en 1984 et une reconstruction orientée vers les artisans. C’est cette trajectoire que je raconte ici, avec ce que le distributeur représente concrètement pour ceux qui travaillent sur les chantiers.

L’histoire compte pour l’achat : comprendre d’où vient un distributeur aide à savoir ce qu’on lui demande. Legallais annonce 60 000 références, une plateforme logistique semi-automatisée et un réseau de 32 points de vente. Avant de détailler le présent, revenons sur les dates qui ont fait l’entreprise.

1889

rachat de la quincaillerie de la rue de Vaucelles à Caen

1944

locaux détruits lors des bombardements de Caen

60 000

références annoncées par le distributeur

32

points de vente en France en 2024

Une quincaillerie de quartier à Caen en 1889

L’histoire commence rue de Vaucelles, à Caen, où une petite boutique de 40 m² vend des lampes à pétrole, des faucilles, des poêles et des seaux. Daniel Legallais, fils de capitaine de pêche, y a fait son apprentissage comme vendeur. À 23 ans, il rachète le fonds et y appose son nom. L’entreprise naît la même année que la Tour Eiffel, comme le rappelle la famille Casenave-Péré dans la presse économique.

L’activité s’adresse alors aux ménages, aux artisans et aux paysans normands. Daniel Legallais agrandit les locaux, rachète les immeubles voisins et élargit l’offre : outillage, fontes, articles de marine, produits agricoles. La réputation de la maison grandit en Basse-Normandie au rythme du commerce de proximité de l’époque.

En 1920, Daniel Legallais s’associe à Emile Bouchard. L’entreprise prend le nom des deux actionnaires : Legallais et Bouchard. C’est ce nom qui restera pendant des décennies, même après l’arrivée d’un neveu, Lucien Dudouit, qui prend la direction dans les années 1930. Le magasin prospère pendant l’entre-deux-guerres, avec même des exclusivités régionales sur des gazinières et la distribution du butane.

1944 : les locaux détruits, l’entreprise relancée

En juin 1944, les bombardements de la bataille de Caen rasent la ville. La boutique, les stocks et les archives partent en fumée. Seul un coffre-fort contenant la comptabilité est sauvé. L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme celle de tant de commerces normands.

Dès l’été 1945, Lucien Dudouit relance l’activité depuis une maison voisine transformée en entrepôt de fortune. Avec une poignée de salariés revenus de captivité ou du Service du travail obligatoire, il reconstitue les livraisons et restaure la comptabilité ligne par ligne. Les années suivantes, l’entreprise se reconstruit avec la ville.

En 1954, Legallais et Bouchard inaugure un bâtiment de 10 000 m² sur cinq étages, le long de l’Orne, avec 65 salariés. Le lieu, conçu sur le modèle des grands magasins parisiens, vaut à l’entreprise le surnom de petit BHV normand. Pendant les Trente Glorieuses, l’offre mélange électroménager, matériel agricole, outillage, plomberie, visserie et droguerie, avec un car d’exposition qui sillonne les campagnes.

Le virage des années 1980 et le dépôt de bilan de 1984

À la fin des années 1970, l’entreprise compte environ 150 collaborateurs et vit son âge d’or de commerce régional. Mais la grande distribution spécialisée — électroménager, bricolage, outillage — grignote les parts de marché. Darty, Boulanger, Leroy Merlin et Castorama changent la donne ; les marges se tendent et la formule du grand magasin s’essouffle.

Legallais abandonne progressivement le commerce grand public, cédé au BHV, pour se recentrer sur la quincaillerie professionnelle. Le virage ne suffit pas : en 1984, l’entreprise dépose le bilan. La relance se joue l’année suivante avec l’arrivée de Philippe Casenave-Péré, qui prend en charge le développement commercial, restructure l’entreprise et pousse l’expansion auprès des professionnels du bâtiment.

Le choix de 1985 structure tout ce qui suit : Legallais ne vend plus au grand public, elle sert les artisans, les entreprises et les collectivités. Ce positionnement, tenu depuis quarante ans, explique pourquoi l’enseigne est aujourd’hui un acteur des achats professionnels et non un concurrent des grandes surfaces de bricolage. Le guide Leroy Merlin pour le matériel électrique montre d’ailleurs l’autre circuit : celui qui vise le particulier, avec ses propres règles de rayon.

De Mondeville au réseau national

Dès les années 1980, l’entreprise se dote d’un site dédié aux professionnels à Mondeville, dans le Calvados. C’est le premier maillon du réseau actuel, et c’est là que se concentre la vente aux artisans pendant la décennie suivante. L’expansion géographique suit : agences commerciales à Rouen, Rennes, Paris, Tours, puis Strasbourg, Marseille, Bordeaux, Lille et Nantes entre 1986 et 2002.

La distribution à distance arrive tôt : catalogue papier en 1991, puis premier site marchand de la profession en 1999. Cette anticipation du e-commerce distingue Legallais des quincailleries traditionnelles : le groupe vend en ligne avant beaucoup de ses concurrents et garde un réseau physique en parallèle. Aujourd’hui, le site marchand annonce ses univers — bâtiment, agencement, plomberie, électricité, outillage, consommables, protection — et renvoie vers ses points de vente.

La logistique prend le relais en 2005 avec une plateforme de 20 000 m² à Saint-André-sur-Orne, agrandie en 2012 puis portée à 45 000 m² en 2022. Le site, semi-automatisé, expédie 15 000 colis par jour selon le Journal des Entreprises, alimente une flotte de camions et permet d’annoncer une disponibilité sur les références du catalogue avec une livraison courte. La robotisation introduite en 2022 amène le produit au magasinier pour réduire les manipulations.

Le réseau physique continue de grandir en parallèle. En 2024, l’entreprise a ouvert trois points de vente en Bretagne — Loudéac, Brest et Vannes — puis un à Reims et un à Angers, portant le total à 32 points de vente en France. À ces magasins s’ajoutent des showrooms dédiés aux équipements de protection individuelle, où les entreprises viennent voir et essayer les EPI avant de commander, un service qui compte pour les artisans soumis aux règles de sécurité sur chantier.

Une entreprise restée familiale

Legallais appartient au groupe familial Grand Comptoir, société mère créée en 2007 qui regroupe plusieurs filiales de distribution pour les professionnels du bâtiment. Legallais représente environ 90 % de l’activité du groupe. L’actionnariat mêle les familles historiques, le top management, les salariés (6 %) et un fonds d’investissement normand (6 %).

Ce statut familial pèse sur la politique commerciale. L’entreprise annonce des effectifs passés de 1 000 salariés en 2019 à environ 1 500 en 2025, un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros selon le Journal des Entreprises et un niveau EcoVadis Platinum obtenu en 2023. Ces indicateurs viennent des sources officielles ou de la presse économique : ils situent l’entreprise parmi les grands de la distribution professionnelle sans en faire une promesse de service.

La gouvernance s’accompagne d’engagements visibles. La Fondation d’entreprise existe depuis 2010 et structure les actions de solidarité du groupe. L’enseigne a obtenu la labellisation Best Workplaces par Great Place to Work en 2018, renouvelée en 2021, 2023 et 2025. Enfin, le bâtiment tertiaire baptisé 1889, construit sur la zone d’activité d’Épron, rassemble plus de 400 collaborateurs après dix-neuf mois de travaux : un investissement dans les fonctions commerciales, marketing et achats, là où l’histoire a commencé.

Pour l’artisan, le groupe compte surtout pour la continuité d’approvisionnement. Une entreprise qui tient ses références, sa logistique et son réseau depuis plusieurs décennies change le quotidien du chantier : la visserie, l’outillage et les consommables se retrouvent en une commande, et le point de vente proche du dépôt sert de filet de sécurité. C’est le même raisonnement que je détaille pour le circuit du négoce électrique, où la disponibilité locale compte autant que le prix.

Ce que Legallais apporte à un électricien

Mon métier m’amène surtout chez les distributeurs électriques, mais la quincaillerie complète le panier : visserie, chevilles, goulottes, fixations, outillage à main, EPI. Legallais couvre ces familles avec une logique de catalogue large et de livraison depuis le stock central. Sur un chantier, la différence se joue sur la capacité à obtenir la bonne référence sans déplacement inutile.

Le site marchand exige une connexion pour afficher les prix personnalisés, comme la plupart des distributeurs professionnels. Le compte sert aussi à suivre les commandes et à garder un historique, utile pour les chantiers longs. Les configurateurs en ligne proposés par l’enseigne — notamment dans l’agencement et le bâtiment — aident à préparer une commande, mais ils ne remplacent pas la vérification sur place quand la pièce est critique.

Retour de chantier

Un compte Legallais affiche les prix personnalisés après connexion. Je prépare toujours la liste des références fabricant avant d’ouvrir le site : le prix catalogue ne reflète ni les conditions négociées ni les promotions du moment.

La comparaison avec son concurrent direct vaut le détour : mon comparatif Legallais ou Sétin confronte les deux quincailleries professionnelles sur le réseau, le catalogue et les conditions d’achat. Les deux entreprises ont des histoires proches — familiales et normandes — mais leurs offres actuelles divergent sur plusieurs points pratiques.

Une histoire de chantiers, pas une histoire de vitrines

Ce que cette histoire m’enseigne comme artisan, c’est la valeur de la récurrence. Une quincaillerie qui survit à 1944, au dépôt de bilan de 1984 et à la concurrence des grandes surfaces a appris à servir des clients qui reviennent. La stabilité de l’actionnariat familial et l’outillage du catalogue professionnel donnent une assise que les enseignes récentes n’ont pas.

La croissance du réseau illustre le mouvement : 26 points de vente et deux showrooms EPI en 2022, puis 32 points de vente en 2024 après les ouvertures de Loudéac, Brest, Vannes, Reims et Angers. Chaque ouverture rapproche le distributeur des artisans d’une région. Ce maillage physique, combiné à la commande en ligne, répond à la réalité du chantier : on commande depuis le camion et on complète au comptoir.

135 ans d'histoire, une aventure familiale (Legallais)
135 ans d'histoire, une aventure familiale (Legallais)

La quincaillerie professionnelle face aux autres circuits

Legallais se positionne entre le négoce spécialisé et la grande surface de bricolage. Contre la GSB, elle aligne la profondeur de catalogue et le compte professionnel ; contre le négoce électrique pur, elle ajoute les familles générales de la quincaillerie : visserie, agencement, protection individuelle. Pour un électricien qui sous-traite de la petite maçonnerie ou de l’agencement, un seul compte suffit pour plusieurs corps de métier.

La Plateforme du Bâtiment fonctionne sur un principe voisin : des catalogues larges pour les artisans, des dépôts physiques, la commande en ligne. Legallais s’en distingue par son histoire de quincaillerie et par des points de vente intégrés au réseau. Le choix entre les deux dépend des familles achetées, des délais et de la proximité des sites.

Côté outillage, l’enseigne distribue les grandes marques du rayon professionnel, du matériel de mesure au petit outillage à main. Mon guide sur l’outillage Stanley donne un exemple de marque largement distribuée par les quincailleries généralistes : les artisans la trouvent au comptoir comme en ligne, avec les mêmes références. La quincaillerie reste un canal naturel pour ce type de produit, aux côtés des négoces et des plateformes en ligne.

Quiz : l’histoire de Legallais

FAQ : Legallais et son histoire

Legallais est-elle toujours une entreprise familiale ?

Oui. Legallais appartient au groupe familial Grand Comptoir, créé en 2007, et l'actionnariat reste détenu par les familles historiques, le top management, les salariés (6 %) et un fonds d'investissement normand (6 %). La direction est restée dans la famille des dirigeants successifs depuis la reprise de 1889.

Que vend Legallais aux professionnels du bâtiment ?

Le catalogue annonce 60 000 références réparties en univers : bâtiment, agencement, plomberie, électricité, outillage, consommables et équipements de protection individuelle. La distribution passe par le site marchand, les agences commerciales et les points de vente.

Legallais vend-elle aux particuliers ?

Non, depuis 1985 l'entreprise se concentre sur les professionnels du bâtiment et des métiers associés. Le commerce grand public a été cédé au BHV dans les années 1980. Le site marchand affiche ses prix après connexion du compte client, ce qui suppose une activité professionnelle. Le circuit du particulier reste celui des grandes surfaces de bricolage, avec des prix publics affichés en rayon.

Pourquoi le bâtiment tertiaire de Legallais s'appelle-t-il 1889 ?

Le bâtiment, construit sur la zone d'activité d'Épron dans le Calvados, porte le nom de l'année de création de l'entreprise, en hommage à la boutique de la rue de Vaucelles. Le choix du nom suit une tradition interne : l'entreprise a toujours mis en avant sa date de naissance, jusqu'au titre de sa page d'histoire officielle, 135 ans d'histoire.

Où se trouve le siège et le site logistique de Legallais ?

Le siège social est à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, et la plateforme logistique principale à Saint-André-sur-Orne, dans le Calvados. Le site, passé de 20 000 m² en 2005 à 45 000 m² en 2022, expédie 15 000 colis par jour selon le Journal des Entreprises et alimente les 32 points de vente du réseau.

Théo Desrousseaux au travail

Théo Desrousseaux

Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest

Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. Chaque contenu du site est rédigé et relu par ses soins.

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