Routeur solaire pour chauffe-eau : fonctionnement

Théo Desrousseaux 15 min de lecture

Publié le 20 septembre 2026

Routeur solaire pour chauffe-eau : fonctionnement
Chauffe-eau électrique raccordé au tableau avec régulation et protection modulaire.

En bref

  • Le routeur solaire mesure en temps réel l’injection vers le réseau et dérive exactement ce surplus vers la résistance de votre chauffe-eau électrique.
  • Contrairement à un contacteur classique qui commute 2 000 W à 3 000 W en tout-ou-rien, le routeur module la puissance watt par watt dès 50 W à 180 W d’excédent.
  • Les chauffe-eau à carte électronique (système ACI hybride) exigent impérativement une alimentation 230 V stabilisée séparée de la résistance sous peine de destruction immédiate du circuit.
  • L’amortissement moyen s’établit entre 2 et 4 ans pour un investissement matériel compris entre 200 € et 500 € selon le niveau de régulation.

Le routeur solaire pour chauffe-eau transforme votre ballon d’eau chaude en une véritable batterie thermique sans acheter de batteries chimiques coûteuses.

Dès que vos capteurs photovoltaïques produisent plus d’électricité que ce que consomme votre logement, ce petit boîtier électronique détecte la fuite d’électrons vers le réseau public et l’intercepte instantanément pour alimenter la résistance de chauffe.

Cependant, installer un routeur de surplus ne se résume pas à brancher deux fils au hasard.

Entre le risque de détruire la carte électronique ACI d’un chauffe-eau moderne, l’incompatibilité absolue avec les compresseurs des chauffe-eau thermodynamiques en modulation directe et les perturbations harmoniques générées par certains gradateurs bas de gamme, la mise en œuvre exige une rigueur technique sans faille.

J’analyse ici le principe de fonctionnement, le dimensionnement, les schémas de raccordement et la rentabilité réelle constatée sur le terrain.

50 W à 180 W

Seuil de déclenchement

100 à 200 ms

Temps de réaction

50 % à 75 %

Économie d’eau chaude

2 à 4 ans

Retour sur investissement

Pourquoi le pilotage classique du chauffe-eau est inadapté au solaire

Pour comprendre l’intérêt fondamental d’un routeur solaire, il faut observer comment fonctionne un cumulus traditionnel raccordé à un tableau électrique standard.

Un ballon d’eau chaude sanitaire de 200 litres intègre une résistance électrique dont la puissance nominale est généralement comprise entre 1 800 W et 2 400 W (voire 3 000 W sur les cuves de 300 litres).

Dans une configuration classique avec un contacteur heure creuse pour chauffe-eau, l’appareil fonctionne en tout-ou-rien. Il est soit complètement éteint (0 W), soit alimenté à sa puissance maximale (2 200 W).

Si vos panneaux photovoltaïques génèrent un surplus modéré de 600 W en milieu de matinée (par exemple 1 100 W de production solaire moins 500 W de consommation résiduelle de la maison) :

  • Avec un simple automatisme horaire ou une prise connectée tout-ou-rien, le chauffe-eau s’allume et réclame 2 200 W.
  • Le surplus de 600 W est bien absorbé, mais le ballon tire immédiatement les 1 600 W manquants directement sur le réseau Enedis, facturés au tarif plein.
  • Si le contacteur reste coupé pour éviter d’importer de l’électricité, les 600 W de surplus solaire partent gratuitement sur le réseau ou sont vendus à un tarif d’injection très bas.

Le routeur solaire résout exactement cette équation : il agit comme un variateur de lumière capable de délivrer exactement 600 W à la résistance, puis 750 W deux minutes plus tard, puis 320 W si un nuage passe. Vous atteignez ainsi une autoconsommation solaire maximale en valorisant le moindre watt excédentaire.

Principe de fonctionnement : tore de mesure et modulation de puissance

Le routeur solaire repose sur deux organes distincts qui travaillent en boucle fermée à très haute fréquence : un capteur de courant et un étage de puissance gradué.

1. La mesure bidirectionnelle en tête d’installation

Le système surveille en permanence le point de livraison électrique grâce à une pince ampèremétrique (tore de courant) clipsée directement sur le fil de phase principal, entre le disjoncteur d’abonné et les peignes de distribution du tableau.

Ce capteur mesure non seulement l’intensité du courant en ampères, mais le routeur compare également sa phase par rapport à la tension du secteur (230 V AC) :

  • Courant et tension en phase : le logement soutire de l’électricité sur le réseau. Le routeur reste inactif (0 W envoyé vers le cumulus).
  • Courant et tension en opposition de phase : vos panneaux injectent de l’énergie vers la rue. Le routeur calcule la puissance exacte de cette injection (par exemple 457 W) et ordonne immédiatement à son module de puissance de soutirer cette même valeur.

Le temps de réponse des modèles performants oscille entre 100 et 200 millisecondes, ce qui permet de neutraliser l’injection en quasi-temps réel sans créer d’à-coups de facturation sur le compteur Linky.

2. Le gradateur de puissance : hachage de phase ou train d’ondes

Pour faire varier la puissance efficace délivrée à une résistance électrique purement résistive sous une tension nominale de 230 volts, le routeur utilise un composant semi-conducteur appelé triac ou un relais statique (SSR pour Solid State Relay). Deux technologies coexistent :

Technologie Principe physique Avantages Inconvénients sur chantier
Technologie Hachage de phase (Angle de phase) Principe physique Le triac s’allume au milieu de chaque demi-sinusoïde (découpe temporelle à 100 Hz). Avantages Régulation continue et très fine de la puissance instantanée. Inconvénients sur chantier Génère d’importantes harmoniques et des parasites radiofréquences nécessitant de gros filtres LC.
Technologie Train d’ondes (Burst Firing / Zero Crossing) Principe physique Le triac ne commute qu’au passage à zéro de la tension et laisse passer des cycles entiers (ex. 3 périodes complètes sur 10). Avantages Zéro parasite haute fréquence, pas de coupure abrupte du courant, très respectueux du réseau. Inconvénients sur chantier Léger scintillement (flicker) possible sur les ampoules halogènes ou LED très sensibles du logement.

Sur les installations résidentielles que je rencontre, le mode par train d’ondes (burst firing synchrone) est largement préférable : il évite de polluer le réseau domestique avec des harmoniques de rang élevé qui pourraient perturber les équipements électroniques sensibles ou faire grésiller les modules audio.

Tore de mesure du routeur solaire installé en aval du disjoncteur général et du compteur Linky

Positionnement du tore de mesure du routeur solaire en tête de tableau

Positionnement impératif de la pince ampèremétrique du routeur solaire sur la phase principale du disjoncteur d’abonné.

Comme l’illustre cette configuration, la pince de mesure doit impérativement être placée en amont de toutes les dérivations du tableau.

Si vous installez le tore sur un circuit divisionnaire ou en aval d’une ligne dédiée, le routeur ne verra qu’une fraction des flux et ne pourra pas mesurer l’équilibre réel entre la production de vos micro-onduleurs et les appareils en marche dans la maison.

Le piège critique des chauffe-eau à carte électronique (ACI)

C’est l’erreur numéro un commise par les bricoleurs non avertis, et elle se traduit systématiquement par un dépannage en urgence pour remplacer une platine électronique détruite.

Il existe deux grandes familles de chauffe-eau électriques sur le marché :

1. Les ballons à thermostat mécanique classique

Ces chauffe-eau traditionnels possèdent un thermostat électromécanique à bulbe ou à tige. Le courant secteur arrive directement sur les bornes du thermostat, qui alimente les résistances via un bilame mécanique.

  • Il n’y a aucun composant électronique.
  • La résistance accepte sans broncher une tension hachée de 80 V, 140 V ou 230 V.
  • Compatibilité native à 100 % : le routeur solaire se raccorde directement entre le disjoncteur de protection et le thermostat.

2. Les ballons à système ACI hybride ou régulation digitale

Les appareils modernes de marques réputées (Atlantic, Thermor, Sauter, De Dietrich) intègrent une carte électronique de commande. Cette carte gère deux fonctions cruciales :

  • La sonde de température électronique (thermistance CTN) et la sécurité thermique logicielle.
  • Le système anti-corrosion active (ACI) qui envoie un micro-courant continu protecteur vers une anode en titane pour empêcher la cuve de percer.

Interdiction formelle d’alimenter directement un ballon ACI avec un gradateur

La carte électronique d’un chauffe-eau ACI est alimentée par le même câble 230 V que la résistance. Si vous envoyez une tension réduite ou un train d’ondes haché en entrée du chauffe-eau, l’alimentation à découpage de la carte surchauffe, se met en sécurité erratique ou grille purement et simplement.

Urgence électrique dans le 78, le 92 et Paris Ouest

Comment raccorder un ballon ACI sur un routeur solaire ?

Pour faire fonctionner un routeur solaire sur un cumulus électronique sans rien détruire, il faut séparer physiquement l’alimentation de la carte électronique et l’alimentation de la résistance de puissance :

  1. L’alimentation de la carte doit rester branchée sur une ligne secteur 230 V permanent et stable, protégée par son disjoncteur 2 A ou 16 A.
  2. Le circuit de puissance de la résistance est déconnecté de la sortie de la carte et raccordé directement sur la sortie variable du routeur solaire (ou via un relais de puissance piloté).
  3. La sécurité de surchauffe mécanique à réarmement manuel doit impérativement être conservée en série avec la résistance pour garantir la sécurité thermique en cas de défaillance du gradateur.

Certains fabricants comme Newdep proposent désormais des kits de cartes électroniques modifiées (CAM) pré-câblées pour les modèles Atlantic et Thermor, permettant cette séparation propre sans devoir couper de pistes sur le circuit imprimé d’origine.

Chauffe-eau thermodynamique : pourquoi le gradateur est interdit

Une question revient fréquemment chez les propriétaires équipés d’une pompe à chaleur pour l’eau chaude : « Puis-je installer un routeur solaire sur mon ballon thermodynamique ? »

La réponse est catégorique : non, jamais avec un gradateur de puissance proportionnel.

Un chauffe-eau thermodynamique ne chauffe pas l’eau grâce à une simple résistance (sauf en appoint grand froid), mais grâce à un compresseur frigorifique. Un compresseur est un moteur électrique asynchrone ou inverter qui ne tolère aucune variation de tension ou de découpage de sinusoïde :

  • Lui envoyer 400 W au lieu de ses 700 W nominaux provoquerait le calage du moteur, une surintensité destructrice au niveau des enroulements et la casse définitive du compresseur.
  • De plus, un cycle thermodynamique impose des temps de fonctionnement minimaux (souvent 15 à 30 minutes) pour stabiliser les pressions du fluide frigorigène (R134a ou R290). Il est impossible de le faire commuter toutes les dix secondes au gré des passages nuageux.

La bonne méthode : le pilotage par contact sec Smart Grid Ready

Pour valoriser le solaire sur un chauffe-eau thermodynamique, on utilise la sortie relais tout-ou-rien (contact sec) présente sur la plupart des routeurs solaires évolués :

  • Le routeur est programmé avec un seuil de consigne (par exemple : excédent solaire supérieur à 800 W stable pendant plus de 10 minutes).
  • Lorsque ce seuil est franchi, le contact sec se ferme et envoie un signal basse tension sur l’entrée Smart Grid (SG Ready) ou photovoltaïque du chauffe-eau.
  • La régulation interne du ballon lance alors un cycle de chauffe complet à puissance nominale en surélevant la consigne d’eau chaude (par exemple en montant la cuve à 62 °C au lieu de 52 °C pour stocker les calories excédentaires).

Protection électrique et conformité NF C 15-100 au tableau

L’intégration d’un routeur solaire au sein du tableau de répartition doit satisfaire scrupuleusement aux exigences de la norme NF C 15-100. Bien que le routeur agisse comme un régulateur, il pilote une charge de forte puissance susceptible de fonctionner en continu pendant plusieurs heures consécutives en été.

Ligne de protections modulaires au tableau avec différentiel et disjoncteurs divisionnaires

Protections modulaires différentielles et divisionnaires du chauffe-eau

Organisation modulaire au tableau : chaque ligne de puissance doit être protégée par un disjoncteur adapté et un différentiel 30 mA.

Voici les règles de câblage incontournables que j’applique lors de mes chantiers d’installation :

Protection amont dédiée

Le routeur et son relais statique de puissance doivent être protégés en amont par un disjoncteur divisionnaire courbe C calibré à 16 A ou 20 A sous un interrupteur différentiel 30 mA (type A ou type F recommandé en présence d’électronique de puissance).

Section des conducteurs de puissance

La liaison entre le disjoncteur, le module de puissance (SSR) et le chauffe-eau s’effectue obligatoirement en fil de cuivre rigide de section minimale 2,5 mm², avec raccordement direct du conducteur de protection équipotentielle (terre jaune/vert) à la carcasse métallique du ballon.

Dissipation thermique du relais statique

Un gradateur ou relais SSR traversé par 10 A dissipe entre 10 W et 20 W sous forme de chaleur pure. Il doit impérativement être monté sur un dissipateur thermique en aluminium ventilé, sans être comprimé contre d’autres disjoncteurs dans une goulotte étroite.

Maintien de la marche forcée de secours

Il est indispensable de conserver un commutateur ou un contacteur modulaire permettant de basculer en alimentation secteur directe en cas de panne du routeur ou lors de longues périodes hivernales sans le moindre rayon de soleil.

Si votre tableau est ancien ou manque d’espace sur les rails DIN, consultez mon guide sur le coût d’une mise aux normes électrique et vérifiez les règles de sécurité dans l’article sur la mise en sécurité ou mise aux normes.

Gestion de la relève nocturne : comment garantir de l’eau chaude l’hiver

L’une des craintes majeures des utilisateurs est de se retrouver sous une douche froide après une journée pluvieuse d’octobre. Un routeur solaire ne doit jamais être configuré sans solution de secours.

Pour garantir le confort de la famille en toute saison, trois stratégies de relève existent :

1. Le couplage avec le contacteur heures creuses existant

Si vous disposez d’une tarification Heures Pleines / Heures Creuses, vous pouvez conserver votre contacteur jour/nuit en parallèle du routeur solaire.

  • En journée, le routeur injecte le surplus solaire. Si l’eau atteint sa température de consigne (généralement 60 °C), le thermostat coupe le circuit.
  • La nuit venue, le contact Enedis ferme le contacteur jour/nuit. Si l’eau est déjà chaude grâce au soleil, le thermostat reste ouvert et aucun kilowattheure n’est consommé. Si la journée a été nuageuse et que l’eau n’est qu’à 35 °C, le contacteur assure le complément thermique nécessaire à tarif réduit.
Contacteur jour-nuit modulaire Schneider Resi9 20 A vu de face, manette de commande et marquage du calibre

Contacteur modulaire de relève nocturne

Le contacteur modulaire assure la relève automatique nocturne si l’ensoleillement diurne a été insuffisant.

Si votre installation présente des déclenchements inattendus lors de ces commutations, examinez mon dossier sur le disjoncteur qui ne se réarme pas et les pannes fréquentes où le disjoncteur chauffe-eau saute la nuit.

2. La relève horaire intégrée au routeur

Les routeurs récents (comme l’Arsun, le MsunPV ou l’iBoost+) intègrent une horloge interne programmable. Vous pouvez leur définir une règle simple : « Si à 17h00 la température du ballon est inférieure à 50 °C, forcer l’alimentation secteur pendant 45 minutes pour assurer le stock du soir ».

Cette méthode est idéale pour les foyers ayant abandonné le tarif heures creuses au profit d’un tarif de base avec un abonnement moins cher.

Bilan économique et rentabilité réelle : calcul sur une installation type

Pour juger de la pertinence d’un routeur solaire, prenons les chiffres réels d’un foyer standard de 4 personnes habitant une maison individuelle équipée de 3 kWc de panneaux photovoltaïques en toiture.

Données de consommation thermique

Pour élever la température de 200 litres d’eau de 15 °C à 60 °C, la formule thermique standard donne environ 10,45 kWh d’énergie requise par cycle complet.

En tenant compte des pertes thermiques statiques de la cuve (environ 1,5 kWh par jour pour un ballon standard de classe C), le besoin énergétique s’établit à environ 12 kWh par jour, soit environ 3 600 à 4 000 kWh par an consacrés à la seule production d’eau chaude sanitaire.

Scénario Énergie solaire absorbée Énergie réseau importée Facture annuelle ECS (0,25 €/kWh) Économie annuelle
Scénario Sans routeur (Heures Creuses pures) Énergie solaire absorbée 0 kWh (chauffe la nuit uniquement) Énergie réseau importée 3 800 kWh Facture annuelle ECS (0,25 €/kWh) 760 € (tarif HC ~0,20 €) Économie annuelle 0 € (référence)
Scénario Sans routeur (Chauffe de jour tout-ou-rien) Énergie solaire absorbée 1 200 kWh (surplus intermittent) Énergie réseau importée 2 600 kWh Facture annuelle ECS (0,25 €/kWh) 650 € Économie annuelle 110 €
Scénario Avec routeur solaire modulant Énergie solaire absorbée 2 700 kWh (surplus valorisé à 95 %) Énergie réseau importée 1 100 kWh (relève hivernale) Facture annuelle ECS (0,25 €/kWh) 275 € Économie annuelle 485 €

Coût d’installation et délai d’amortissement

Le budget nécessaire dépend du niveau d’équipement choisi :

  • Routeur solaire de qualité en kit ou pré-monté (Arsun, MsunPV, Newdep, MyPV) : comptez entre 220 € et 380 € TTC.
  • Fournitures électriques complémentaires (disjoncteur 16 A, câblage 2,5 mm², boîte de dérivation, dissipateur) : environ 40 € à 70 €.
  • Main-d’œuvre d’un électricien qualifié (pose au tableau, raccordement du tore, paramétrage et essai de charge) : entre 150 € et 350 € selon la complexité du cheminement.

Pour un investissement global moyen de 350 € en auto-installation ou 650 € avec pose professionnelle, l’économie annuelle récurrente de 350 € à 480 € permet un retour sur investissement spectaculaire entre 1,5 an et 3 ans.

C’est de loin l’optimisation la plus rentable de toute installation photovoltaïque résidentielle, bien avant l’installation d’une batterie solaire domestique.

Pour approfondir le calcul global de retour sur investissement de vos panneaux, consultez également mon analyse pour savoir si les panneaux solaires sont rentables.

Résistance blindée ou stéatite : quelle différence pour le routage ?

La nature physique de la résistance présente dans votre chauffe-eau influe directement sur le comportement du système de régulation :

La résistance blindée (thermoplongée)

Directement immergée dans l’eau de la cuve, elle transmet immédiatement sa chaleur au liquide.

  • Elle ne présente aucune latence thermique.
  • En revanche, elle est sensible à l’entartrage dans les régions où l’eau est dure (calcaire), ce qui crée des points chauds lors des cycles de hachage prolongés.
  • Si elle grille, il faut vidanger l’intégralité du cumulus pour la remplacer.

La résistance stéatite

Insérée dans un fourreau étanche émaillé, la résistance en stéatite (pierre naturelle réfractaire) ne touche jamais l’eau.

  • La stéatite apporte une inertie thermique remarquable : elle emmagasine l’énergie délivrée par les trains d’ondes électriques et la restitue de façon très douce à la cuve.
  • C’est le composant idéal pour encaisser les variations rapides de puissance délivrées par un routeur sans subir de chocs thermiques brutaux.
  • Elle se remplace sans vidange en quelques minutes depuis l’extérieur.

Dans les deux cas, la résistance constitue une charge purement résistive (cosinus phi égal à 1), ce qui permet au gradateur de fonctionner dans des conditions idéales sans déphasage de courant.

Les fonctionnalités avancées des routeurs modernes

Les routeurs solaires ont considérablement évolué depuis les premiers montages bricolés à base d’Arduino ou de Raspberry Pi. Les gammes professionnelles actuelles offrent des options de confort indispensables :

  1. La gestion multi-charges (double sortie hiérarchisée) : Dès que le premier ballon d’eau chaude a atteint sa température maximale (thermostat coupé), le routeur bascule automatiquement l’excédent de production vers une seconde charge : un second chauffe-eau d’appoint, un sèche-serviettes dans la salle de bains, ou le système de filtration de la piscine.
  2. La connectivité Wi-Fi et l’intégration domotique : Grâce aux protocoles MQTT ou aux API locales, les routeurs s’intègrent nativement dans des plateformes comme Home Assistant. Vous visualisez en temps réel la courbe de routage, l’énergie cumulée stockée en kWh dans l’eau et la température exacte de la cuve via une sonde étanche.
  3. Le délestage intelligent : En cas de pointe de consommation domestique (par exemple le démarrage simultané d’une plaque à induction et d’une borne de recharge pour véhicule électrique), le routeur coupe instantanément sa sortie pour éviter de faire disjoncter le compteur d’abonné, un principe similaire au délesteur pour borne de recharge.
  4. La compatibilité avec le réseau triphasé : En présence d’un abonnement triphasé 400 V, il est indispensable de choisir un routeur capable de sommer algébriquement les trois phases via 3 tores de mesure distincts, car le compteur Linky effectue une compensation globale instantanée entre les phases.

Mon protocole de vérification et mise en service

Lorsque j’installe un routeur solaire chez un client, je ne quitte jamais le chantier sans avoir validé point par point les étapes de mise en service suivantes :

  1. Contrôle du sens du tore : une inversion du tore de mesure conduit le routeur à confondre consommation et injection. Si le routeur injecte de la puissance quand vous allumez votre four, le capteur est monté à l’envers sur le fil de phase.
  2. Mesure des températures au thermomètre infrarouge : après 30 minutes de routage continu à forte puissance (plus de 1 500 W), je contrôle la température du dissipateur thermique du relais statique (qui ne doit jamais dépasser 65 °C) et le serrage des borniers à vis au couple préconisé.
  3. Vérification de l’absence de déclenchement différentiel : test de l’interrupteur différentiel 30 mA amont à l’aide d’un contrôleur d’installation pour vérifier que le hachage d’ondes ne génère pas de courant de fuite à la terre parasite. En cas de doute sur la sensibilité aux fuites de courant continu, la pose d’un différentiel de type B apporte une immunité totale.
  4. Validation du comportement en coupure réseau : je simule une coupure générale pour m’assurer que le routeur s’éteint instantanément et ne maintient aucune tension résiduelle non désirée vers les récepteurs. Si des défauts électriques préexistants sont découverts, je réalise un diagnostic électrique des défauts courants pour sécuriser l’installation.

Mon avis d’électricien : faut-il installer un routeur solaire ?

Le routeur solaire pour chauffe-eau est l’équipement qui présente le meilleur ratio coût / bénéfice de tout l’écosystème photovoltaïque. Il surpasse largement le stockage sur batterie chimique en termes de fiabilité, de longévité et de rentabilité financière.

Pour un coût d’équipement très accessible, vous éliminez la quasi-totalité de votre facture d’eau chaude d’avril à octobre et vous continuez à capter des calories précieuses lors des belles journées d’hiver.

Cependant, cette simplicité d’usage apparente cache des contraintes réelles sur les appareils récents : ne tentez jamais de modifier vous-même le câblage d’un chauffe-eau à carte électronique sans avoir parfaitement isolé l’alimentation permanente de son circuit ACI.

Un routeur solaire peut-il abîmer la résistance de mon chauffe-eau ?

Non, une résistance électrique conventionnelle (blindée ou stéatite) est une charge purement ohmique qui ne craint absolument pas les variations de tension ou le découpage par train d’ondes. Elle chauffe simplement au prorata exact des watts qu’elle reçoit sans aucune dégradation mécanique ou électrique prématurée.

Puis-je installer un routeur solaire sur un chauffe-eau thermodynamique ?

Non, il est formellement interdit de raccorder la sortie variable d’un gradateur sur le compresseur d’un chauffe-eau thermodynamique sous peine de le détruire rapidement. Le pilotage doit se faire exclusivement par contact sec Smart Grid Ready pour commander des cycles complets de démarrage du compresseur sans moduler sa tension.

Que se passe-t-il lorsque l’eau du ballon a atteint sa température maximale ?

Dès que l’eau atteint la consigne réglée (souvent 60 °C à 65 °C), le thermostat de sécurité du ballon s’ouvre mécaniquement : le circuit de la résistance est interrompu, le routeur cesse d’envoyer de l’énergie et le surplus repart vers le réseau public ou une seconde charge auxiliaire.

Le routeur solaire fonctionne-t-il avec un compteur Linky triphasé ?

Oui, à condition d’un routeur solaire compatible triphasé doté de trois pinces ampèremétriques (une par phase) : il réalise la somme vectorielle instantanée des trois phases pour reproduire la compensation globale du compteur Linky avant d’injecter le surplus sur la phase du chauffe-eau.

Peut-on brancher un routeur solaire sur un kit solaire plug and play de balcon ?

Oui, le principe physique est strictement identique. Même avec un kit de 400 W ou 800 W, tout surplus non consommé instantanément par le réfrigérateur ou la box internet est envoyé vers le cumulus. Cependant, avec une puissance de panneaux modeste, le temps d’amortissement sera un peu plus long (comptez environ 3 à 5 ans).

Théo Desrousseaux au travail

Théo Desrousseaux

Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest

Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.

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