Mémoire des mesures
Le choix du mode conditionne l'organisation des relevés et l'effacement de la mémoire au changement de mode.
Vérifié le par
Théo Desrousseaux, électricien
(diplômes et certifications)
Photo : Chauvin Arnoux UK — CA 6117 En bref
Le C.A 6117 est un contrôleur d’installation multifonction, pas un multimètre enrichi. Sa notice décrit dans le même boîtier la continuité, l’isolement, la terre, l’impédance de boucle, les différentiels, l’ordre des phases, la puissance et les harmoniques.
C’est précisément ce regroupement qui a du sens quand je dois réaliser une campagne d’essais identifiée et conserver les résultats, pas quand une simple tension ou une continuité suffit.
La référence P01145460 annonce des fonctions ; la notice impose des branchements ; la mémoire limite le nombre de résultats conservés et certains usages restent hors de son périmètre. Le CA 6117 peut être cohérent pour un contrôle d’installation basse tension structuré ; il ne rend pas une installation conforme par sa seule présence.
La différence entre les deux générations de contrôleurs est traitée à part dans mon comparatif CA 6116N contre CA 6117.
17
familles de fonctions annoncées par le fabricant
1 000
emplacements mémoire annoncés
5,7 pouces
écran graphique couleur de l’appareil
600 V CAT III
catégorie annoncée pour les accessoires de mesure
Le terme « multifonction » ne suffit pas à décider.
La notice du CA 6117 liste des grandeurs qui répondent à des questions différentes : continuité, résistance, isolement, terre avec piquets, boucle, ligne, courant de court-circuit présumé, tension de défaut, différentiels, tension, fréquence, courant par pince, puissance, harmoniques et ordre des phases.
Les mélanger revient à tirer une conclusion trop large à partir d’une valeur isolée.
La continuité n’est pas l’isolement. La notice prévoit un mode à courant de mesure élevé pour satisfaire aux essais relevant d’IEC 61557 et une compensation de cordons. L’isolement, lui, applique une tension continue d’essai et nécessite un circuit préparé.
Un affichage de quelques ohms sur un multimètre adapté au dépannage ne devient pas un essai d’isolement parce que le symbole Ω est le même.
Pour l’isolement, le catalogue indique les tensions d’essai 50, 100, 250, 500 et 1 000 V DC. Ce choix ne se fait pas par réflexe. Les appareils encore raccordés, les alimentations, les protections électroniques et la configuration du circuit doivent être traités selon la méthode retenue.
Le guide mégohmmètre : principe et limites détaille pourquoi cette mesure commence par la séparation des éléments qui ne doivent pas recevoir cette tension d’essai.
La terre demande la même précision de vocabulaire. Le CA 6117 distingue la terre en trois points, la terre sous tension avec sonde auxiliaire et la terre sélective sous tension avec une pince optionnelle. Ces méthodes ne donnent pas un permis de choisir la plus commode.
Le schéma de liaison à la terre, l’accès aux électrodes, les circuits en parallèle et l’objectif de contrôle déterminent la méthode. Pour une maison, je renvoie au guide de mesure de terre plutôt qu’à une lecture brute de la résistance affichée.
La fonction de boucle ajoute l’impédance L-PE ou L-N/L-L, puis le calcul d’un courant de court-circuit présumé. La notice décrit aussi la mesure de chute de tension dans les câbles, associée à une première mesure de référence et à une seconde mesure.
Cette fonction est intéressante sur un circuit identifié ; elle ne dispense ni du calcul initial, ni de la vérification de la section, ni de l’analyse des protections déjà en place.
| Question sur l’installation | Fonction CA 6117 documentée | Ce que le résultat ne prouve pas seul |
|---|---|---|
| Question sur l’installation Le conducteur de protection est-il continu ? | Fonction CA 6117 documentée Continuité et résistance, avec compensation de cordons | Ce que le résultat ne prouve pas seul L’état global de l’isolement ou la conformité de tous les circuits |
| Question sur l’installation Le circuit est-il isolé selon l’essai prévu ? | Fonction CA 6117 documentée Isolement à 50, 100, 250, 500 ou 1 000 V DC | Ce que le résultat ne prouve pas seul L’absence de tension pour intervenir ou l’absence de tout défaut futur |
| Question sur l’installation La protection réagit-elle à un défaut simulé ? | Fonction CA 6117 documentée Boucle, Ik, DDR et tension de défaut selon configuration | Ce que le résultat ne prouve pas seul La qualité de chaque raccordement non testé ou la conformité administrative |
| Question sur l’installation Quelle méthode de terre appliquer ? | Fonction CA 6117 documentée 3P, RA ou terre sélective avec accessoires requis | Ce que le résultat ne prouve pas seul Qu’une valeur de terre isolée suffit dans tous les régimes et toutes les installations |
Chaque fonction répond à une grandeur déterminée. La conclusion dépend du circuit, du critère retenu et de la méthode réellement appliquée.
Le catalogue et le support du fabricant mentionnent IEC 60364-6 et NF C 15-100 parmi les références de contrôle d’installation. Cela décrit le contexte des essais que l’appareil aide à produire.
Ce n’est pas la même affirmation que « le CA 6117 est conforme à NF C 15-100 », formulation qui n’aurait pas de sens pour un instrument : la norme d’installation s’applique au projet, aux circuits et à leur mise en œuvre, pas au seul boîtier de mesure.
La notice place l’appareil dans la série IEC 61557, parties 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 10. Pour le lecteur, cela doit se lire comme un cadre de caractéristiques et d’incertitude des instruments destinés aux essais d’installation.
La notice précise par exemple une incertitude de fonctionnement intégrant alimentation, température et parasites. Ce point aide à comparer des appareils de même famille ; il ne donne pas une limite de conformité applicable sans avoir défini l’essai concerné.
IEC 60364-6, de son côté, porte sur la vérification des installations basse tension. Le contrôleur apporte des mesures qui peuvent appartenir à une telle vérification : continuité des conducteurs de protection, isolement, impédance de boucle, dispositifs différentiels et terre.
La séquence, le nombre de circuits, les seuils et les constats visuels ne sortent pas du bouton TEST. Je prépare donc une feuille d’essais ou une campagne ICT en fonction du dossier, puis je vérifie que les données saisies correspondent à ce qui a été réellement contrôlé.
La norme NF C 15-100 ne se résume pas davantage à une colonne de résultats. Un contrôleur ne constate pas à lui seul le repérage de tous les circuits, l’accessibilité, le choix des matériels, la disposition des protections, les volumes particuliers ou la cohérence du dossier.
Il peut confirmer une grandeur électrique dans des conditions déterminées. Pour les contrôles réglementaires et les diagnostics, je distingue cette mesure de la mission elle-même, comme je l’explique dans le guide sur NF C 18-510 et NF C 15-100.
Cette distinction protège aussi contre un mauvais usage de l’expression « rapport conforme ». ICT peut organiser une campagne et produire une base de rapport ; DataView peut proposer des modèles.
Le modèle rend le document lisible, mais le contenu reste dépendant de l’identification du site, de la pièce, du tableau, du départ et de l’essai. Une ligne nommée « prise cuisine » ne garantit pas que le bon circuit, ni la bonne prise, ni la bonne condition de test ont été retenus.
La qualité d’une campagne dépend des conditions de l’essai autant que de la valeur finale. Pour la continuité, la notice indique qu’une tension supérieure à 0,5 V efficace détectée sur les bornes interdit la mesure et génère un message d’erreur.
Cette protection évite d’appliquer un essai de continuité à un circuit encore alimenté ou soumis à une tension parasite ; elle ne remplace pas l’identification de la source ni la procédure qui doit précéder le raccordement.
Pour l’isolement, le contrôleur signale la présence d’une tension externe et la notice exige que l’objet testé ne soit pas sous tension. Elle demande aussi deux cordons simples, et non le cordon tripode, afin d’éviter des fuites qui fausseraient la mesure.
Je consigne dans mes notes les éléments déconnectés, la tension d’essai choisie et les paires testées. Sans ces informations, une valeur mémorisée devient difficile à comparer à une contre-mesure ou à expliquer au propriétaire de l’installation.
La mesure de terre sélective ajoute ses propres prérequis : sonde auxiliaire, pince optionnelle et compensation des cordons déclarée indispensable par la notice. Pour un test de DDR, le manuel recommande de débrancher les charges lorsque c’est possible afin que leurs courants de fuite ne perturbent pas la lecture.
Ces détails sont plus utiles qu’une conclusion rapide : ils expliquent pourquoi deux mesures faites au même endroit peuvent diverger si la préparation du circuit n’est pas identique.
Je vérifie également l’état de l’instrument avant d’interpréter le relevé. La notice indique que les mesures sont réalisées sur batterie, pas avec le chargeur branché. Elle donne une autonomie distincte selon la fonction et la luminosité, et précise l’indice IP selon la position du cache USB.
Cela ne rend pas le CA 6117 fragile ou robuste par principe ; cela fixe des conditions observables à respecter au moment de l’essai et à conserver dans le suivi de matériel.
Enfin, une erreur de branchement peut être une information de méthode plutôt qu’un défaut de l’installation. Pour le test DDR, le CA 6117 détecte la position phase-neutre par rapport au conducteur de protection et peut commuter automatiquement L et N pour rendre l’essai possible.
Pour l’ordre des phases, il compare trois signaux. Je relis donc toujours la page de résultat, les symboles de raccordement et les alertes avant d’enregistrer un essai : un résultat mémorisé est traçable, mais il n’est pas auto-explicatif.
La mallette livrée explique une partie de l’écart avec un appareil de mesure courant.
La notice liste un chargeur, un câble USB, un cordon tripode terminé par une prise secteur, un cordon tripode à trois conducteurs de sécurité, trois pointes, trois pinces crocodiles, deux cordons coudés-droits, une sonde de télécommande, une sacoche, une sangle et un rapport de test.
Cette liste décrit le pack de la notice, pas tous les accessoires de méthode.
Le kit de terre 15 m, les kits trois points 50 ou 100 m, le cordon de terre un point 30 m, la pince C177A 200 A et la pince MN77 20 A sont indiqués comme accessoires. La terre sélective demande précisément une pince en option ; la puissance et les harmoniques demandent également une pince compatible.
Une commande de CA 6117 sans vérifier ces éléments peut laisser une fonction annoncée inutilisable pour le cas visé.
La notice fixe également des limites concrètes : tension aux bornes limitée à 550 V, accessoires au moins 600 V CAT III ou 300 V CAT IV, masse d’environ 2,2 kg, dimensions 280 × 190 × 128 mm et indice IP53 lorsque le cache USB est fermé, IP51 lorsqu’il est ouvert.
Ce sont des données d’emploi, non une justification pour intervenir dans un environnement hors périmètre. La catégorie de l’appareil ne compense jamais un cordon détérioré, un accessoire inadapté ou une analyse de risque absente.
Avant une mesure d’installation
Je prépare le circuit, les sources possibles de réalimentation, les accessoires et le repérage avant tout essai. Pour une intervention hors tension, je suis la consignation applicable et je vérifie l’absence de tension avec un VAT adapté ; le CA 6117 sert aux essais d’installation, pas à autoriser le contact avec un conducteur.
La fonction de rotation des phases est un bon exemple de ce cadre. Le CA 6117 compare les trois phases d’un réseau triphasé et affiche un sens direct ou inverse. Il faut le cordon tripode trois fils et le raccordement correct de chaque phase.
Cette fonction apporte un résultat déterminé sur un réseau identifié ; elle ne dit rien de l’équilibrage de charge, de la qualité du serrage ou de l’état d’isolement.
L’appareil peut enregistrer 1 000 emplacements. En mode arborescent, la notice organise les résultats par site, pièce et objet, puis par type d’essai. Chaque objet peut contenir jusqu’à neuf tests d’un même type.
Ce mode est adapté à une campagne où le tableau, le local et le circuit doivent rester lisibles au moment de la relecture.
Le CA 6117 ajoute un mode tabulaire de 000 à 999 : chaque objet peut alors contenir jusqu’à 130 tests. La contrepartie est importante : le changement de mode implique un effacement total de la mémoire. Je sauvegarde donc les mesures avant toute reconfiguration et je prépare le mode retenu avant de démarrer la journée de contrôle.
Le logiciel ICT est annoncé pour préparer des campagnes, récupérer et visualiser la mémoire, préparer des rapports, puis exporter les données vers DataView ou un tableur. Le support Chauvin Arnoux précise que DataView n’est pas fourni avec cette version d’ICT.
DataView est présenté de son côté comme un outil de configuration, de transfert, de traitement et de modèles de rapports. Ces possibilités sont utiles seulement si le nom du site, du circuit, de l’objet et de l’essai a été saisi avec rigueur.
Mémoire des mesures
Le choix du mode conditionne l'organisation des relevés et l'effacement de la mémoire au changement de mode.
La version de logiciel mérite aussi d’être vérifiée, sans confondre mise à jour et amélioration automatique du matériel. Le support constructeur publie un firmware pour CA 6116N et CA 6117, avec une version 2.00.22 signalée en août 2024, et demande d’actualiser ICT ou DataView lorsque ces logiciels sont utilisés.
Avant un chantier contractuel, je contrôle la version installée, la compatibilité du poste de travail et une exportation d’essai plutôt que de le découvrir après les mesures.
La décision tient moins au logo Chauvin Arnoux qu’au jeu d’essais nécessaire. Pour un contrôle de réception ou de vérification avec continuité, isolement, boucle, terre, DDR et rapport, le CA 6117 regroupe une gamme de mesures cohérente.
Il peut aussi être pertinent dans un environnement triphasé grâce à la rotation des phases, à la puissance et aux harmoniques avec la pince prévue.
Pour du dépannage limité à tension, courant, résistance ou continuité, le volume de la mallette, les cordons et le protocole seraient disproportionnés.
Un comparatif Fluke ou Chauvin Arnoux rappelle justement qu’une mallette de mesure se construit par opérations à réaliser, pas par fidélité à une marque.
À l’inverse, une intervention relevant de la consignation doit rester dans le cadre d’une habilitation électrique BR adaptée et de la procédure du site.
Retour de chantier
Point de décision : je retiens le CA 6117 pour une activité qui exige plusieurs essais d’installation et une restitution ordonnée. Ses fonctions, sa mémoire et ICT répondent à ce besoin ; le choix de la méthode, des accessoires, du critère applicable et de la procédure de sécurité reste déterminant sur chaque installation.
3 questions
InteractifQuiz : Chauvin Arnoux CA 6117 : avis sur le contrôleur
3 questions pour vérifier les points essentiels
Choisissez une réponse
Non. Le CA 6117 est un contrôleur d’installation ; un VAT sert à vérifier l’absence de tension dans une procédure de consignation. L’INRS place cette vérification après séparation, condamnation et identification du circuit.
La notice commune attribue au CA 6117 les essais des DDR B, B+ et EV et la chute de tension dans les câbles. Une phrase de la notice décrit aussi le test de type B comme la seule différence : je vérifie donc la fiche et le firmware de la référence livrée avant de conclure.
Oui. Le catalogue annonce des tensions d’essai de 50 à 1 000 V DC. Cela suppose un circuit préparé, hors tension et compatible avec la méthode : une mesure d’isolement ne se lance pas sur une électronique restée raccordée sans diagnostic préalable.
Pas pour chaque méthode. La notice prévoit une terre 3 points et une terre sous tension avec sonde auxiliaire ; la terre sélective nécessite en revanche une pince ampèremétrique optionnelle. Le schéma de liaison à la terre décide de la méthode, pas la seule présence d’une fonction au menu.
Il enregistre les mesures et ICT peut préparer des campagnes, récupérer les données et éditer des rapports. La valeur du document dépend toutefois du repérage saisi, des essais réellement réalisés et du référentiel de réception. DataView est un logiciel distinct à vérifier dans la configuration choisie.
Non. Il fournit des résultats de mesure utiles à une vérification. La conformité exige une analyse de l’installation, des exigences applicables, des conditions d’essai et de la réception. Le guide sur NF C 18-510 et NF C 15-100 aide à ne pas confondre sécurité des opérations et règles d’installation.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.
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