Cheville DuoPower bicolore
La DuoPower se reconnaît à son corps bicolore rouge et gris avant toute lecture de référence.
Vérifié le par
Théo Desrousseaux, électricien
(diplômes et certifications)
Photo : fischer En bref
fischer est l’entreprise qui a rendu la cheville moderne banale : fondée en 1948 par Artur Fischer, elle a commercialisé en 1958 la première cheville à expansion en polyamide, la cheville S. Ce petit cylindre gris fendu reste la base de presque toutes les fixations que je pose en rénovation, et la marque allemande s’est construite autour de lui.
Ce qui m’intéresse dans cette histoire, ce n’est pas le folklore industriel. C’est de comprendre pourquoi un modèle de cheville s’impose sur un support, pourquoi la chimie a pris le relais pour les charges lourdes, et ce que tout cela change quand je fixe une goulotte ou une boîte dans un mur ancien. Le reste du guide ne parle que de ce qui se vérifie sur le terrain.
1948
création de l’entreprise par Artur Fischer à Waldachtal
1958
la cheville S en polyamide, première du genre
+1 100
brevets déposés par Artur Fischer au cours de sa vie
1993
rachat d’Upat, spécialiste des ancrages acier et chimie
Artur Fischer naît le 31 décembre 1919 à Tumlingen, un village aujourd’hui intégré à la commune de Waldachtal, dans le Bade-Wurtemberg. Son père est tailleur, sa mère repasse des cols pour compléter les revenus du foyer ; c’est elle qui aménage à son fils un établi à la maison. Il quitte l’école à treize ans pour un apprentissage de serrurier, puis travaille comme mécanicien aéronautique pendant la guerre, avant de revenir dans son village en 1946.
Au retour, il fabrique des briquets et des interrupteurs de métier à tisser à partir de rebuts militaires. En 1948, il fonde sa propre entreprise à Tumlingen. Trois ans plus tard, une trouvaille change son cours : ne parvenant pas à photographier sa fille à l’intérieur, il met au point en 1949 le flash électronique synchronisé avec l’obturateur, un procédé racheté par le fabricant de matériel photo Agfa.
La suite de sa carrière en fait l’un des inventeurs les plus prolifiques d’Allemagne. Les sources biographiques lui attribuent plus de 1 100 brevets, un total supérieur aux 1 093 brevets de Thomas Edison, ainsi que 5 867 droits d’enregistrement. En 2014, l’Office européen des brevets lui décerne l’European Inventor Award, et le film officiel de la remise du prix revient sur la cheville et le flash. Il meurt le 27 janvier 2016 à Tumlingen, à 96 ans.
Cette trajectoire compte pour la suite : fischer n’est pas une marque qui a acheté son savoir-faire, mais une entreprise familiale construite sur des dépôts de brevets. La transmission du pouvoir suit d’ailleurs la même logique familiale, avec la reprise par son fils Klaus Fischer en 1980, toujours à la tête du groupe aujourd’hui.
Le point de bascule est la cheville S, présentée en 1958. Artur Fischer conçoit un petit manchon en polyamide, fendu longitudinalement, qui s’écarte quand la vis est enfoncée et bloque la fixation dans le matériau. C’est le premier usage généralisé du plastique pour cette fonction, alors que les chevilles de l’époque, apparues avec le Rawlplug britannique en 1911, étaient en fibre compressée.
Le progrès est double. Le polyamide résiste mieux à l’humidité et au vieillissement que la fibre, et il coûte peu à produire en série. La cheville devient un consommable que n’importe quel artisan peut acheter par boîte, sans préparation du trou autre qu’un perçage au bon diamètre. Wikipedia indique que le modèle S est toujours en production aujourd’hui, plus de soixante ans après son lancement.
La demande suit immédiatement. D’après la chronologie du groupe, les premières filiales étrangères, au Brésil et en France, sont créées dans les trois ans qui suivent la cheville S. La filiale française est toujours implantée à Strasbourg, rue Livio, une adresse que le site fischer.fr affiche en pied de page. Pour un chantier français, cela signifie une distribution directe de la marque depuis la fin des années 1950, et non une importation récente.
Je garde une précaution en tête quand je lis cette histoire : la cheville à expansion existait avant 1958, sous forme de fibre. L’apport de fischer est d’avoir fabriqué en masse une version en plastique, moins chère et plus fiable. Ce n’est pas l’invention du principe, c’est l’invention du produit qui l’a démocratisé. Le film de l’Office européen des brevets montre bien cette nuance entre antériorité du principe et innovation industrielle.
Après 1958, fischer ne se contente pas de vendre la S. Le catalogue s’étend aux chevilles de plus gros diamètre, aux ancrages métalliques et, dans une direction inattendue, aux jouets : le fischertechnik est lancé commercialement en 1965, après avoir été imaginé comme cadeau de Noël pour les enfants de l’inventeur. Cette branche pédagogique existe toujours et reste une société du groupe.
La direction passe en 1980 à Klaus Fischer, ingénieur diplômé entré chez fischer en 1975. Les deux acquisitions qui structurent la gamme actuelle datent de sa période.
En 1993, le groupe rachète Upat GmbH, alors deuxième fabricant allemand de chevilles, installé à Emmendingen : l’opération apporte les ancrages acier lourds et les scellements chimiques. En 1997, l’intégration de ROCCA Bauchemie ajoute les mousses et les silicones, et donne naissance à la division chimie de Denzlingen.
Les chiffres publiés par le groupe situent l’échelle actuelle : 51 sociétés d’exploitation dans le monde, des exportations vers plus de 120 pays, environ 4 800 collaborateurs et un chiffre d’affaires 2025 supérieur à 1,05 milliard d’euros. La production reste majoritairement allemande, complétée par des usines au Brésil, en Argentine, en Chine, en Italie, aux États-Unis, en Tchéquie et en Serbie selon Wikipedia.
Cette structuration explique un point pratique : quand je cherche une cheville fischer en négoce, je peux tomber sur des gammes d’origine différente selon le pays de production. La marque reste familiale et allemande, mais toutes ses références ne sont pas fabriquées au même endroit. Pour un simple usage bâtiment, la différence n’apparaît pas ; pour un ancrage agréé, je vérifie l’ETA de la référence précise.
La cheville S a donné naissance à une famille complète. Le site français fischer présente aujourd’hui la gamme DuoLine, des chevilles bicolores qui activent plusieurs mécanismes selon le matériau où elles sont enfoncées. La DuoPower, la plus connue, combine une zone qui se replie dans les matériaux creux et des ailettes qui s’écartent dans les matériaux pleins : une seule cheville couvre brique creuse, béton cellulaire, béton plein et plaque de plâtre.
La DuoPower se reconnaît à son corps bicolore rouge et gris avant toute lecture de référence.
Chaque modèle répond à un support précis. La DuoBlade est une cheville autoforeuse pour plaques de plâtre, la DuoTec une cheville à bascule en nylon pour les plafonds, la DuoSeal un modèle étanche prévu pour la pose sur carrelage, la DuoHM une cheville pour toutes les épaisseurs de plaques. La gamme a reçu l’or au German Brand Award 2021 dans la catégorie design de produit, un détail de communication qui ne change rien à la pose.
| Modèle | Support visé | Ce que je vérifie avant de le poser |
|---|---|---|
| Modèle Cheville S | Support visé Béton, brique pleine, pierre | Ce que je vérifie avant de le poser Le diamètre du perçage et la longueur de la vis |
| Modèle DuoPower | Support visé Matériaux pleins et creux | Ce que je vérifie avant de le poser L’état du matériau autour du trou, l’épaisseur du support |
| Modèle DuoBlade | Support visé Plaque de plâtre | Ce que je vérifie avant de le poser Le montant derrière la plaque avant de percer |
| Modèle DuoTec | Support visé Plafonds et plaques | Ce que je vérifie avant de le poser L’accès au-dessus du plafond pour la bascule |
| Modèle DuoSeal | Support visé Carrelage et zones humides | Ce que je vérifie avant de le poser L’étanchéité du joint et la colle sous le carreau |
La gamme actuelle fischer couvre chaque type de support : le modèle se choisit d’abord sur le matériau, pas sur le prix.
La dernière innovation présentée sur le site français, HybridPower, associe nylon et acier dans un même corps de cheville, avec une bague métallique qui répartit la charge. La marque la positionne entre la cheville plastique classique et l’ancrage métallique : utile pour des charges moyennes dans du béton où une cheville nylon simple commence à montrer ses limites.
Sur le terrain, je reste mesuré sur la taille du catalogue. Pour 90 % de mes fixations en rénovation, une DuoPower ou une S suffisent : boîtes, goulottes, supports, colliers. Les modèles spécialisés servent dans les cas précis, comme une plaque de plâtre doublée ou une fixation dans la pierre, où je reprends les règles de pose détaillées dans le guide sur la pose d’une prise dans un mur en pierre.
Le second pilier du catalogue est la chimie. Les scellements par injection FIS V descendent des ancrages chimiques d’Upat rachetés en 1993. La fiche produit actuelle, publiée sur fischer.fr, annonce pour la FIS V Plus une durée d’utilisation de 100 ans dans le béton selon l’évaluation technique européenne, au lieu des 50 ans habituels, et une augmentation de 45 % des charges dans le béton non fissuré, jusqu’à 25 % dans le béton fissuré.
La cartouche de résine FIS V Plus se reconnaît à son embout mélangeur avant de charger le pistolet.
Le tableau de durcissement publié par le fabricant donne des repères utiles : entre +10 et +20 °C, le temps de traitement est de 5 minutes et le durcissement minimal de 60 minutes ; entre +20 et +30 °C, il passe à 4 minutes de traitement pour 45 minutes de durcissement ; entre -5 et 0 °C, le durcissement monte à 24 heures. Ces valeurs valent pour le béton, la maçonnerie creuse n’étant agréée qu’à partir de 0 °C.
La gamme s’est récemment doublée d’une version FIS VW Plus High Speed, au durcissement plus court à basse température, et d’une résine FIS V Zero, présentée comme la première sans substances nocives : elle ne contient pas de peroxyde et sa cartouche part aux ordures ménagères courantes. Ces variantes changent la logistique du chantier, mais pas la méthode de pose, qui reste l’injection au pistolet avec embout mélangeur et, dans la maçonnerie creuse, tamis d’injection.
Je compare régulièrement cette chimie à celle de Hilti quand une charge lourde doit être fixée ; les deux fabricants tiennent des agréments européens comparables, et le choix se joue souvent sur la distribution locale et le prix à la fixation. Pour un électricien, le recours à la résine reste rare : il apparaît pour les rails et consoles qui supportent des chemins de câbles lourds, ou quand le béton est fissuré et que la cheville mécanique n’est plus adaptée.
Mon usage quotidien de fischer se résume à trois gestes. Fixer une goulotte ou un collier de chemin de câbles avec une DuoPower de 6 mm dans la brique, une S de 8 mm dans le béton.
Fixer une boîte DCL ou une boîte d’encastrement dans une cloison, avec le modèle adapté au matériau de la cloison. Enfin, dans les cas de charge réelle, percer droit, nettoyer le trou et choisir un modèle dont le diamètre correspond au foret.
La règle que j’applique est simple : le support décide du modèle, et le modèle décide du foret. Une DuoPower ne s’installe pas sans contrôle du matériau, une cheville à bascule suppose un accès au-dessus du plafond, et une cheville chimique exige un temps de durcissement respecté avant toute charge.
Le nom de la marque ne remplace aucune de ces vérifications. Le diamètre du trou compte autant que le modèle : c’est la même logique que pour une scie cloche, où le diamètre doit correspondre à l’encastrement à recevoir.
Retour de chantier
Je garde en caisse des boîtes de DuoPower 6 et 8 mm, et une boîte de S pour les supports simples. Pour une goulotte en apparent, je perce au diamètre inscrit sur l’étui, je dépoussière le trou et je visse à la main les premiers tours : si la vis force, le trou est trop petit ou le matériau creux.
Un point de méthode me semble plus utile que la liste des modèles : vérifier la longueur de vis disponible avant de choisir la cheville. Une cheville de 35 mm avec une vis de 50 mm traverse le support dans une cloison de 30 mm. C’est l’erreur la plus fréquente que je corrige, et elle n’a rien à voir avec la marque.
Pour les achats, la gamme fischer se trouve au négoce spécialisé, chez les grossistes en électricité et en grande surface de bricolage. Je préfère les conditionnements professionnels aux barquettes de détail : le prix à la cheville y est plus bas et les boîtes indiquent le diamètre de foret conseillé.
3 questions
InteractifQuiz : les repères sur fischer
3 repères concrets cités dans ce guide
Choisissez une réponse
Artur Fischer a conçu la cheville S en polyamide en 1958, chez fischer. Le principe de la cheville à expansion existait déjà, notamment avec le Rawlplug en fibre de 1911 ; l’apport de fischer est la version plastique produite en série, moins chère et plus résistante à l’humidité.
La production reste majoritairement allemande, mais le groupe fabrique aussi au Brésil, en Argentine, en Chine, en Italie, aux États-Unis, en Tchéquie et en Serbie, d’après Wikipedia. Pour un ancrage agréé, je vérifie la référence et son ETA plutôt que le pays de production.
La DuoBlade est conçue pour les plaques de plâtre sans perçage préalable, et la DuoTec pour les plafonds. Dans tous les cas, je repère d’abord les montants derrière la plaque, comme expliqué dans le guide sur la pose d’une prise dans un mur en pierre, où le support dicte la méthode.
Non, elles répondent à des cas différents. La résine FIS V Plus est agréée pour des charges lourdes et le béton fissuré, avec un durcissement qui varie de 35 minutes à 24 heures selon la température. Une cheville nylon convient aux fixations courantes ; la chimie intervient quand la charge ou l’état du béton le justifie, comme avec les systèmes d’ancrage Hilti comparables en agrément.
Les conditionnements professionnels se trouvent au négoce, chez les grossistes et en grande surface de bricolage. Les boîtes indiquent le diamètre de foret et la longueur de vis ; je les préfère aux barquettes de détail, dont le prix à la cheville est plus élevé.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. Chaque contenu du site est rédigé et relu par ses soins.
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