Catalogue Klauke
Le catalogue de la gamme Klauke ouvert sur l’établi, au milieu des pinces et des dénudeurs : la gamme se feuillette autant qu’elle se pratique.
Vérifié le par
Théo Desrousseaux, électricien
(diplômes et certifications)
Photo : Klauke En bref
Quand j’ouvre une boîte à outils d’électricien orientée courant fort, il y a de fortes chances d’y croiser une pince à sertir estampillée Klauke. La marque allemande n’a pas la notoriété grand public d’un fabricant de perceuses, mais dans son créneau, la connexion et le sertissage, elle fait partie des références historiques.
Klauke, c’est d’abord une histoire longue : 1879, un atelier de pinces forgées à Remscheid, puis un virage vers les cosses et le sertissage en 1960 qui a défini toute son identité actuelle.
Cet article retrace cette trajectoire, détaille ce que la marque fabrique vraiment, sa place dans un grand groupe mondial, et ce que sa gamme vaut concrètement pour un électricien qui travaille en 2026.
1879
Fondation à Remscheid, Allemagne
1960
Virage vers cosses et sertissage
800
Collaborateurs environ aujourd’hui
300 mm²
Sections courantes en sertissage hydraulique
L’histoire commence loin de l’électricité. En 1879, Gustav Klauke, 24 ans, fonde avec son frère la société Gustav Klauke dans le quartier d’Osterbusch, à Remscheid, avec cinq employés. Remscheid est alors le berceau allemand de l’outil forgé, et l’atelier produit des pinces et tenailles de haute qualité.
Ces pinces trouvent un débouché immédiat, principalement dans l’horlogerie, grâce à un forgeage à la main très propre. On est dans la précision fine, celle qui sert à travailler des mécanismes délicats, pas encore dans le câble électrique.
L’entreprise grandit sur ce savoir-faire. En 1906, elle est inscrite au registre du commerce comme société de négoce général, la surface d’usine atteint 1 200 m² et l’effectif approche la soixantaine de personnes. La marque prend tôt un virage international.
Dès 1925 paraît le premier catalogue de pinces en anglais, suivi en 1930 de versions française et espagnole. Klauke vise les marchés export bien avant que ce soit une évidence pour un atelier régional allemand.
La transmission se fait en famille. En 1948, après le décès de Gustav Klauke II, l’entreprise devient une société à responsabilité limitée, dirigée par son gendre Gustav Diederichs aux côtés de Max Klauke. Cette continuité familiale a longtemps structuré la maison.
Le tournant décisif est 1960. L’électrification croissante de l’Allemagne d’après-guerre pousse la direction à décider de produire des cosses de câble et les outils correspondants. C’est le moment où Klauke cesse d’être un simple fabricant de pinces pour devenir un spécialiste de la connexion.
La bascule est nette côté production. En 1968, la fabrication traditionnelle de pinces est arrêtée, tandis que la production de cosses et d’outils de sertissage est étendue. La marque abandonne son métier d’origine pour tout miser sur le sertissage.
Ce choix a fixé son identité. Aujourd’hui encore, Klauke se présente d’abord comme un fabricant de systèmes de connexion : la cosse et l’outil qui la sertit sont pensés comme un couple, pas comme deux produits séparés.
Le raccordement par sertissage n’est pas un détail. Une cosse mal sertie chauffe, se desserre et finit par créer un point chaud, exactement le mécanisme qui explique une prise électrique qui grésille sur un serrage défaillant. Sur les fortes sections, ce défaut se paie cher.
C’est pour ça qu’un fabricant qui maîtrise à la fois la géométrie de la cosse et la force de sertissage a un vrai argument. Le sertissage crée une liaison froide, étanche et mécaniquement stable, là où une simple vis peut se relâcher dans le temps.
En 1979, Gustav Klauke GmbH fête son centenaire à Remscheid, désormais installée dans son métier de spécialiste. Le nom du fondateur est resté, mais le produit n’a plus rien à voir avec les pinces d’horloger d’origine.
La gamme actuelle se comprend mieux si on la découpe en familles.
La technique de connexion électrique rassemble les consommables : cosses et manchons cuivre, aluminium ou bimétal Al/Cu, cosses à sertir selon la norme DIN, embouts de câblage, connecteurs et jonctions isolées ou non.
Ces consommables représentent une part majeure de l’activité. Selon la presse professionnelle, le chiffre d’affaires de Klauke se répartit à parts sensiblement égales entre les consommables de connexion et les outils. La marque vit autant de la cosse que de la sertisseuse.
Catalogue Klauke
Le catalogue de la gamme Klauke ouvert sur l’établi, au milieu des pinces et des dénudeurs : la gamme se feuillette autant qu’elle se pratique.
Côté outillage, la structure est logique. Les outils de sertissage vont de la pince mécanique à la sertisseuse électro-hydraulique à batterie, en passant par les têtes hydrauliques et les systèmes à matrices interchangeables.
| Famille | Rôle | Usage type |
|---|---|---|
| Famille Cosses et manchons | Rôle Consommable de connexion | Usage type Raccorder un conducteur sur un bornier ou une barre |
| Famille Matrices / inserts | Rôle Forme du sertissage | Usage type Donner l’empreinte hexagonale ou à poinçon |
| Famille Pinces mécaniques | Rôle Sertissage manuel | Usage type Petites et moyennes sections d’atelier |
| Famille Sertisseuses hydrauliques | Rôle Sertissage de puissance | Usage type Fortes sections jusqu’à 300 mm² et plus |
| Famille Outils de coupe | Rôle Sectionner le câble | Usage type Couper cuivre et aluminium proprement |
Les grandes familles de la gamme Klauke, du consommable à l’outil de puissance.
La matrice, ou insert, est un élément que les non-initiés sous-estiment. C’est elle qui donne sa forme au sertissage : une empreinte hexagonale répartit la pression sur tout le pourtour de la cosse, ce qui garantit un contact homogène et une tenue mécanique reproductible.
Chaque section de câble et chaque type de cosse appelle une matrice précise. C’est cette logique système, cosse plus matrice plus outil, qui distingue un spécialiste du sertissage d’un fabricant d’outillage généraliste. Une matrice mal appariée donne un sertissage hors norme, même avec un bon outil.
La grande évolution technique de Klauke, c’est le passage à l’électro-hydraulique. Sur une petite section, une pince mécanique suffit, comme les pinces manuelles Klauke K32 TWIST-it et K507 WF que j’ai prises en main.
Dès qu’on monte en section, la force nécessaire dépasse ce qu’un bras peut fournir proprement et de façon répétable.
Les sertisseuses à batterie règlent ce problème. Un modèle comme l’EK 60 développe une force de sertissage de plusieurs dizaines de kilonewtons et couvre des sections de 6 à 300 mm², avec un temps de sertissage de quelques secondes et un retour automatique de la tête après le cycle.
Ces outils fonctionnent avec des accus lithium-ion, y compris des batteries de plateformes tierces comme Bosch ou Makita selon les modèles. Ce choix d’ouverture sur des accus partagés rappelle les logiques de compatibilité qu’on retrouve chez les fabricants d’outils sans fil décrites dans l’histoire de Makita.
Le sertissage de puissance concerne directement les gros départs. Quand on dimensionne une alimentation en section de câble triphasé 400 V, on arrive vite sur des conducteurs de 25, 35 ou 50 mm² qui ne se raccordent pas correctement à la pince à main.
Là, la sertisseuse hydraulique devient l’outil obligatoire.
Le raccordement d’équipements lourds suit la même logique. Sur une pompe à chaleur ou un gros départ de tableau, les cosses de forte section imposent un sertissage certifié, pas un serrage approximatif qui se relâchera dans le temps.
Klauke conserve aussi une gamme de sertisseuses hydrauliques manuelles, avec pompe à levier intégrée. Elles offrent la force hydraulique sans électronique ni batterie, ce qui reste apprécié pour un usage occasionnel ou en environnement où l’on ne veut pas dépendre d’un accu.
Sertisseuse hydraulique manuelle
Deux leviers actionnent le vérin hydraulique : la force hydraulique sans électronique ni batterie.
Klauke — Sertisseuses hydrauliques manuellesCette cohabitation du manuel et du sans-fil est un marqueur de la marque. Klauke ne cherche pas à imposer une seule technologie : il couvre le geste depuis l’embout de câblage jusqu’au câble de puissance, avec l’outil adapté à chaque niveau d’effort.
Sertir ne suffit pas : il faut d’abord couper le câble proprement. Un cisaillement franc évite l’écrasement du conducteur et l’amorce de sertissage bancale. Klauke décline donc une gamme d’outils de coupe, mécaniques à cliquet, électromécaniques et hydrauliques.
Coupe-câbles à cliquet
Le classique de la gamme de coupe : la lame contourne le câble au lieu de l’aplatir.
Le coupe-câbles à cliquet est un classique du métier. Le mécanisme multiplie la force et permet de sectionner du cuivre ou de l’aluminium de forte section sans effort brutal, avec une lame qui contourne le câble au lieu de l’aplatir.
Klauke revendique une innovation notable sur ce terrain : les premiers outils hydrauliques de coupe et de sertissage sur batterie intégrant une protection contre la tension jusqu’à 1 000 V. C’est un argument sécurité qui vise directement les interventions sous ou à proximité de la tension.
Cette dimension sécurité a du sens pour un professionnel. Sur une installation dont on ignore l’état réel, par exemple une maison avec des anciens fils électriques des années 70, la certitude d’un isolement de l’outil change la façon d’aborder le chantier.
L’isolement d’un outil ne remplace jamais la consignation. Il constitue une protection complémentaire, pas une autorisation à travailler sous tension : la coupure et la vérification d’absence de tension restent la règle.
Klauke n’est plus une maison familiale indépendante. La marque appartient aujourd’hui au groupe américain Emerson, dans sa division Professional Tools, aux côtés notamment de Greenlee. La page officielle de la marque est d’ailleurs hébergée dans l’écosystème Emerson.
Cette appartenance explique plusieurs choses. La profondeur de la gamme, la présence d’outils de perçage et de poinçonnage Greenlee dans le catalogue Klauke, et une distribution internationale structurée relèvent de cette logique de groupe.
Concrètement, l’usine historique de Remscheid produit toujours les cosses et les outils électro-hydrauliques, avec des ateliers dédiés à la connexion, à l’usinage des composants et au montage. Un atelier spécifique fabrique même des cosses pour les sous-traitants de l’industrie automobile.
L’entreprise pèse aujourd’hui autour de 800 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 139 millions d’euros, réparti à parts égales entre consommables et outils. On est loin de l’atelier de cinq personnes de 1879, mais le cœur de métier, la connexion, n’a pas bougé depuis 1960.
En 2026, un électricien qui achète du sertissage sur batterie voit surtout des plateformes généralistes pousser leurs propres sertisseuses. La question du positionnement de Klauke face à un acteur comme Milwaukee revient donc souvent, et elle mérite un article dédié plutôt qu’un raccourci.
Le fond du sujet tient en une phrase : Klauke est un spécialiste de la connexion qui fait aussi des outils, là où une plateforme batterie est un fabricant d’outils qui ajoute le sertissage à son catalogue. Le détail de cette logique est traité dans mon avis sur la sertisseuse Klauke EK 50 ML.
Cette différence d’ADN se lit dans la logique système. Chez Klauke, la cosse, la matrice et l’outil sont conçus ensemble, avec une traçabilité de sertissage pensée pour les exigences normatives.
Le débat entre spécialistes historiques se retrouve aussi dans l’histoire de Cembre, deux maisons du sertissage pur.
En face, l’atout des plateformes est ailleurs : un seul écosystème d’accus pour la perceuse, la visseuse et la sertisseuse. Cet arbitrage entre spécialiste et plateforme est le même que celui décrit dans le comparatif Dewalt, Makita et Milwaukee, transposé au sertissage.
3 questions
InteractifQuiz : Klauke, le spécialiste allemand du sertissage
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Pour un installateur résidentiel classique, l’essentiel du sertissage se joue sur des embouts de câblage et de petites cosses.
Sur ce terrain, l’écart avec une bonne pince généraliste est faible, et beaucoup de raccordements se font désormais sans sertissage, avec des bornes automatiques comme celles évoquées dans le choix entre Wago 221 et 2273.
L’intérêt réel de Klauke apparaît en montant en section et en exigence.
Dès qu’on raccorde des départs de forte puissance, qu’on tire une nouvelle ligne comme dans un projet de ligne électrique depuis le tableau, ou qu’on doit garantir une connexion certifiée, la logique système de la marque prend tout son sens.
Mon avis de terrain reste nuancé et honnête. Klauke n’est pas l’outil que je conseillerais à quelqu’un qui sertit trois cosses par an. C’est en revanche une valeur sûre dès que la connexion de puissance devient un enjeu de sécurité et de conformité, et c’est exactement là que la marque a construit sa réputation depuis 1960.
Retour de chantier
Le sertissage ne pardonne pas l’approximation sur les fortes sections. Le couple cosse plus matrice doit être exact : une matrice hors calibre donne un sertissage non conforme, même avec un outil haut de gamme.
Klauke est une marque allemande, fondée en 1879 à Remscheid, dont l’usine historique produit toujours les cosses et les outils. Elle appartient depuis plusieurs années au groupe américain Emerson, dans sa division Professional Tools, aux côtés de Greenlee. Le savoir-faire et la production restent ancrés en Allemagne.
Le virage date de 1960, quand l’électrification a poussé l’entreprise à produire des cosses et les outils correspondants. En 1968, la fabrication historique de pinces d’horloger a été arrêtée pour tout miser sur le sertissage et la connexion, qui restent son cœur de métier.
Pour du résidentiel léger, non : la plupart des raccordements se font sur de petites sections ou avec des bornes automatiques, comme quand on doit mélanger fil souple et fil rigide sur un connecteur Wago. L’outil Klauke devient pertinent dès qu’on sertit régulièrement des cosses de forte section.
Non, mais plusieurs modèles acceptent des accus de plateformes tierces comme Bosch ou Makita selon les références. C’est un avantage quand on possède déjà l’un de ces écosystèmes, car on évite d’acheter un parc de batteries dédié uniquement à la sertisseuse.
La pince mécanique convient aux petites et moyennes sections avec un effort manuel. La sertisseuse hydraulique, manuelle ou à batterie, développe plusieurs dizaines de kilonewtons et couvre les fortes sections jusqu’à 300 mm², avec une force répétable que le bras ne peut pas fournir seul.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.
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