Bornier de répartition tableau électrique : normes

Théo Desrousseaux 19 min de lecture

Publié le 19 septembre 2026

Bornier de répartition tableau électrique : normes Photo : legrand.com
Bornier de terre à quatre bornes : le point de raccordement des conducteurs de protection dans le tableau.

En bref

  • Le bornier de répartition est obligatoire pour distribuer l’alimentation générale Enedis vers les différents interrupteurs différentiels du tableau.
  • La norme NF C 15-100 interdit strictement d’insérer plus d’un seul conducteur par borne sous le disjoncteur général de branchement.
  • Sur fils souples, l’usage d'embouts de câblage sertis DIN 46228 est obligatoire : l’étamage à l’étain est strictement interdit car source d’incendie.
  • La section des câbles d’alimentation doit être de 10 mm² pour 45 A, 16 mm² pour 60 A et 25 mm² pour 90 A en monophasé.

Au sommet ou à la base de tout tableau électrique de répartition trône un composant discret mais fondamental : le bornier de répartition, souvent décliné sous la forme de barrettes de connexion amovibles ou de répartiteurs étagés modulaires.

C’est par ce carrefour névralgique d’alimentation que transitent les dizaines d’ampères délivrées par le réseau de distribution Enedis avant d’être ventilées vers les différents interrupteurs différentiels de chaque rangée du logement.

Pourtant, lors de mes interventions de dépannage ou de rénovation, je constate trop souvent que des bricoleurs ou des installateurs peu scrupuleux ignorent les règles strictes qui régissent ces connexions de forte puissance.

Des vis mal serrées, des fils multibrins écrasés sans embout protecteur ou des sections sous-dimensionnées transforment ce point d’entrée en un véritable foyer thermique à l’origine de départs de feu dévastateurs.

Dans ce dossier technique d’artisan électricien, je détaille pas à pas les obligations de la norme NF C 15-100, le dimensionnement exact des sections d’alimentation en 10, 16 ou 25 mm².

J’y ajoute l’interdiction absolue de l’étamage à la soudure d’étain, le choix entre barrettes de coffret et répartiteurs modulaires sur rail DIN, ainsi que la gestion délicate de la répartition en triphasé 400 V.

1 conducteur

maximum par borne en sortie du disjoncteur général de branchement

16 mm²

section minimale en cuivre pour une alimentation de tableau jusqu’à 60 A (12 kVA)

DIN 46228

norme obligatoire pour les embouts de câblage sertis sur fils souples

0 soudure

interdiction absolue d’étamer les conducteurs souples avant serrage

Le rôle fondamental du bornier de répartition dans un tableau électrique

Pour bien comprendre l’utilité vitale d’un bornier de répartition, il faut examiner la configuration de sortie du disjoncteur de branchement d’abonné, que l’on appelle couramment le disjoncteur général ou AGCP. Cet appareil assure la coupure générale d’urgence et la limitation de puissance contractuelle de l’ensemble du logement.

Il ne délivre cette puissance que par deux bornes à cage principales : une borne pour le conducteur de phase et une borne pour le conducteur de neutre.

Or, la réglementation de la norme NF C 15-100 interdit formellement d’insérer plus d’un conducteur par borne sous le disjoncteur de branchement. Il est rigoureusement prohibé de tenter de coincer trois ou quatre fils de départ sous la même vis pour aller alimenter directement chacune des rangées de votre tableau !

Cette exigence repose sur des réalités physiques et mécaniques incontournables. Lorsque deux conducteurs sont serrés ensemble sous une même vis de serrage, la pression de contact mécanique ne s’exerce jamais de manière parfaitement uniforme.

Si l’un des conducteurs présente un diamètre infime inférieur à l’autre, ou s’il se tasse légèrement avec le temps, il n’est plus maintenu fermement. Un micro-espace d’air isolant se forme entre le métal et la borne.

Sous une intensité nominale de 30 à 50 ampères, cet interstice engendre une résistance de contact anormale, des arcs électriques microscopiques continus et un échauffement localisé qui monte à plus de 300 °C en quelques minutes.

Le bornier de répartition (ou bloc répartiteur) constitue la seule passerelle technique autorisée pour diviser l’énergie :

  1. Une liaison d’alimentation unique de forte section relie la sortie du disjoncteur Enedis aux bornes d’entrée principales du répartiteur.
  2. Le répartiteur, constitué de barres omnibus épaisses en laiton massif dotées d’une série d’alvéoles de serrage indépendantes, distribue ensuite cette puissance en plusieurs sous-circuits distincts vers chaque interrupteur différentiel de tête de rangée.
  3. Chaque départ vers une rangée dispose de sa propre vis et de sa propre alvéole, garantissant un serrage mécanique franc et une pression de contact optimale et constante dans le temps.
Bornier de terre d’un tableau électrique montrant la barre omnibus en laiton et les départs de protection

Bornier de terre en laiton massif

Chaque départ de protection vert-jaune doit posséder sa propre vis de serrage individuelle.

Pour les conducteurs de protection, le raccordement répond à des règles spécifiques détaillées dans mon guide sur le bornier de terre et son raccordement.

Sur le plan pratique, un tableau électrique moderne intègre toujours trois circuits de répartition distincts : le bornier de phase (repéré en noir ou rouge), le bornier de neutre (repéré en bleu clair normalisé) et le bornier de terre (repéré en vert-jaune exclusif).

Tous trois doivent être dimensionnés pour supporter sans dommage le courant maximal admissible de l’installation.

Choix de la section d’alimentation : 10 mm², 16 mm² ou 25 mm² ?

Le dimensionnement des deux conducteurs d’alimentation générale qui relient le disjoncteur Enedis aux borniers de phase et de neutre ne supporte aucune approximation. Il dépend directement de deux facteurs : le calibre maximal de déclenchement du disjoncteur de branchement et la distance physique séparant le disjoncteur du tableau.

Calibre disjoncteur Enedis Puissance souscrite monophasée Section cuivre minimale (tableau accolé) Section cuivre si distance de 20 à 40 m
Calibre disjoncteur Enedis 30 A ou 45 A Puissance souscrite monophasée 6 kVA ou 9 kVA Section cuivre minimale (tableau accolé) 10 mm² (16 mm² fortement conseillé) Section cuivre si distance de 20 à 40 m 16 mm² (chute de tension < 2 %)
Calibre disjoncteur Enedis 60 A Puissance souscrite monophasée 12 kVA (standard moderne résidentiel) Section cuivre minimale (tableau accolé) 16 mm² obligatoire Section cuivre si distance de 20 à 40 m 25 mm² (chute de tension < 2 %)
Calibre disjoncteur Enedis 90 A Puissance souscrite monophasée 18 kVA (puissance maximale monophasée) Section cuivre minimale (tableau accolé) 25 mm² obligatoire Section cuivre si distance de 20 à 40 m 35 mm² (chute de tension < 2 %)

Sur mes chantiers de rénovation, j’installe désormais de manière systématique une section minimale de 16 mm² en cuivre pour toute liaison principale monophasée, même lorsque l’abonnement souscrit par le client n’est pour l’instant que de 6 kVA (30 A) ou 9 kVA (45 A).

Pourquoi imposer cette section immédiatement ?

La raison est simple : avec le déploiement généralisé des compteurs communicants Linky, l’occupant du logement peut demander une augmentation de puissance jusqu’à 12 kVA (soit 60 A) par un simple appel téléphonique à son fournisseur d’électricité, sans aucun déplacement physique d’un technicien Enedis.

Si l’installation avait été câblée en 10 mm², le câble principal serait alors immédiatement surchargé dès la première utilisation simultanée d’une pompe à chaleur, d’un four à induction et d’une borne de recharge pour véhicule électrique.

En posant du 16 mm², l’installation est parée pour l’avenir et conforme au calibre maximal du disjoncteur général de 60 A.

Le calcul de la chute de tension sur les grandes longueurs

Lorsque le disjoncteur d’abonné Enedis se trouve éloigné du tableau de répartition principal — typiquement le cas d’une maison individuelle où le compteur et le disjoncteur général sont installés en limite de voirie dans un coffret extérieur technique —, la résistance linéaire du câble engendre une chute de tension progressive.

La norme NF C 15-100 impose une chute de tension totale maximale de 2 % entre le disjoncteur d’abonné et le tableau de répartition de l’habitation pour les usages d’éclairage et d’usages généraux.

Si la distance entre le coffret de rue et votre tableau dépasse 25 à 30 mètres en monophasé 60 A, une section de 16 mm² ne suffit plus :

  • Pour une intensité de 60 A en monophasé, la section de 16 mm² permet d’atteindre une longueur maximale de 27 mètres sans dépasser les 2 % de chute de tension.
  • Au-delà de 27 mètres et jusqu’à 42 mètres, il faut obligatoirement passer à un câble en cuivre de 25 mm².
  • Pour des distances comprises entre 42 et 60 mètres, la section requise monte à 35 mm² en cuivre, ou à 50 mm² si l’on emploie un câble d’alimentation armé en aluminium (type NF C 33-210) pour des raisons économiques.

Raccorder un câble d’alimentation de 25 mm² ou 35 mm² directement sous un petit peigne de raccordement ou dans les bornes étroites d’un interrupteur différentiel est mécaniquement impossible.

C’est précisément là que l’installation d’un répartiteur modulaire étagé prend tout son sens pratique, car ses alvéoles d’arrivée acceptent sans difficulté des conducteurs jusqu’à 35 ou 50 mm².

Barrette amovible de coffret contre répartiteur modulaire étagé sur rail DIN

Pour mettre en place la répartition de puissance au sein du coffret, deux grandes familles de matériels homologués sont proposées sur le marché professionnel :

1. Les barrettes amovibles clipsables de fond de coffret

La plupart des tableaux électriques résidentiels vendus en kit ou en coffret nu par les fabricants majeurs (Legrand série Drivia, Schneider Electric gamme Resi9, Hager gamme Gamma) sont fournis d’origine avec des barrettes de raccordement en laiton amovibles.

Ces barrettes se clipsent sur les montants latéraux du châssis ou viennent se fixer sur des supports plastiques dédiés situés en haut et en bas du coffret :

  • Une barrette isolée verte pour le raccordement de la terre.
  • Une barrette isolée bleue pour la distribution du neutre.
  • Une barrette isolée noire ou rouge pour la distribution de la phase.

Ces composants ont pour grand avantage leur compacité : ils n’occupent aucun emplacement de module sur les rails DIN métalliques du tableau, laissant ainsi l’intégralité des rangées disponible pour les disjoncteurs divisionnaires.

Elles disposent généralement d’un orifice principal acceptant du 16 mm² ou du 25 mm², complété par 4 à 8 orifices secondaires pour du fil de 1,5 mm² à 10 mm².

Ces barrettes amovibles conviennent parfaitement pour des installations résidentielles simples comportant deux à trois rangées et un maximum de trois à quatre interrupteurs différentiels.

2. Le répartiteur modulaire étagé sur rail DIN

Dès que l’installation atteint quatre rangées ou davantage, ou lorsqu’il s’agit d’un tableau divisionnaire d’atelier, d’une maison spacieuse ou d’un atelier artisanal, les barrettes de coffret démontrent rapidement leurs limites géométriques et thermiques.

La solution haut de gamme retenue par les professionnels de l’artisanat est le répartiteur modulaire étagé.

Ce composant se clipse directement sur le rail DIN métallique de votre coffret, au même titre qu’un disjoncteur magnétothermique classique. Il se présente sous la forme d’un boîtier en matériau thermoplastique auto-extinguible renfermant plusieurs barres conductrices en laiton massif étagées en hauteur :

  • En version bipolaire (Phase + Neutre), le bloc occupe généralement 2 à 4 modules de largeur.
  • En version tétrapolaire (3 Phases + Neutre pour les installations triphasées 400 V), le bloc occupe 4 à 8 modules de largeur.

Les avantages techniques d’un répartiteur étagé sont considérables :

  • Une ergonomie et une lisibilité parfaites : les barres de connexion étant décalées en gradins successifs sur plusieurs niveaux, l’électricien accède directement à chaque vis de serrage avec son tournevis sans risquer d’effleurer la barre voisine ou de plier excessivement les câbles.
  • Une capacité de transit électrique élevée : ces répartiteurs modulaires sont certifiés pour des intensités nominales de 100 A, 125 A voire 160 A, offrant une tenue thermique exemplaire face aux appels de courant violents.
  • Une protection mécanique et diélectrique IP2X : les barres conductrices sont protégées sous un capot transparent rigide. Même capot ouvert pour intervenir sur une borne, des chicanes isolantes empêchent le contact accidentel d’un doigt ou d’un outil avec les pièces sous tension.
  • Une grande polyvalence de sections : un répartiteur étagé de 125 A propose couramment deux arrivées en gros calibre (jusqu’à 25 ou 35 mm²) et une dizaine de départs indépendants calibrés pour recevoir des fils de 1,5 à 16 mm².
Vue rapprochée d’un tableau électrique montrant l’agencement des modules et les protections isolantes

Bornier et protections isolantes

L’organisation des arrivées de puissance doit prévenir tout contact accidentel et tout échauffement.

L’intégration ergonomique de ces équipements et les cotes réglementaires d’installation sont détaillées dans mon dossier sur la hauteur du tableau électrique selon la norme.

Pour s’assurer de la parfaite cohérence mécanique de l’appareillage modulaire au sein d’une même rangée, je recommande de consulter également mon guide sur la compatibilité des disjoncteurs Hager, Legrand et Schneider.

Conducteurs rigides ou souples : l’obligation des embouts et l’interdiction de l’étamage

Le choix de la typologie des conducteurs utilisés pour câbler les liaisons entre le bornier de répartition et les têtes de différentiels influence directement la pérennité et la sécurité de votre tableau électrique.

Conducteur rigide massif contre conducteur souple multibrins

Dans le bâtiment, les câbles d’alimentation fixes sont traditionnellement réalisés en cuivre rigide à âme massive (classe 1) ou câblée à gros brins (classe 2, type câble U-1000 R2V). En section de 10 ou 16 mm², ce type de câble présente une raideur mécanique extrême.

Le cintrer et le guider à l’intérieur d’un coffret modulaire étroit exige une force musculaire conséquente et exerce des contraintes de torsion permanentes sur les bornes plastiques des disjoncteurs.

Pour cette raison, de nombreux artisans électriciens préfèrent employer du fil de câblage souple multibrins (type H07V-K, classe 5).

Ce conducteur, composé de dizaines de micro-brins de cuivre très fins tressés ensemble, offre une souplesse remarquable qui permet de réaliser un câblage propre, fluide et parfaitement aligné dans les goulottes de distribution.

Cependant, l’utilisation de fil souple dans un tableau électrique fixe est encadrée par des exigences normatives strictes énoncées par la norme NF C 15-100 et le guide Promotelec.

1. L’obligation formelle des embouts de câblage sertis (norme DIN 46228)

Si vous raccordez un conducteur souple multibrins dans une borne à vis classique d’un bornier de répartition ou d’un disjoncteur, vous avez l’obligation formelle d’y sertir un embout de câblage métallique à collerette isolante conforme à la norme DIN 46228.

Les raisons physiques de cette obligation sont vitales pour prévenir les départs de feu :

  • Le phénomène de cisaillement mécanique : lorsque la vis de serrage en acier descend directement sur des brins de cuivre fins non protégés, l’arête tranchante du filetage en rotation coupe et cisaille une fraction notable des brins. La section conductrice réelle du fil s’en trouve amputée, parfois de 30 à 50 %.
  • L’éparpillement latéral des brins : sous la pression d’écrasement, les brins non confinés ont tendance à s’écarter vers les côtés de la cage de serrage. Pire encore, un brin isolé peut s’échapper hors de la borne et venir effleurer une carcasse métallique ou une borne voisine, provoquant un court-circuit franc ou un défaut d’isolement.
  • L’oxydation superficielle et la résistance de contact : l’air circule librement entre les micro-brins dispersés, favorisant l’oxydation superficielle du cuivre.

L’embout de câblage tubulaire (composé d’un fût en cuivre électrolytique étamé et d’une collerette en plastique conique) rassemble l’intégralité des micro-brins dans un cylindre compact indéformable. Lors du serrage sous la vis du bornier, la vis appuie sur une surface métallique plane et homogène sans blesser aucun brin de cuivre.

Le sertissage ne doit jamais être improvisé : il est rigoureusement proscrit d’écraser un embout avec une simple pince universelle ou une tenaille.

Le sertissage doit impérativement être effectué à l’aide d’une pince à sertir spéciale à cliquet, garantissant une empreinte de compression calibrée (profil carré, hexagonal ou trapézoïdal) qui soude mécaniquement les brins entre eux sans aucun vide d’air intérieur.

Section de conducteur Code couleur normalisé DIN 46228 Longueur de fût recommandée Usage typique tableau
Section de conducteur 1,5 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Noir ou Rouge Longueur de fût recommandée 8 mm Usage typique tableau Alimentation circuits commande et télérupteurs
Section de conducteur 2,5 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Bleu ou Gris Longueur de fût recommandée 8 à 10 mm Usage typique tableau Liaisons voyants modulaires et parafoudre
Section de conducteur 6 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Jaune ou Vert Longueur de fût recommandée 12 mm Usage typique tableau Départs sous-compteurs et circuits 32 A
Section de conducteur 10 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Rouge ou Marron Longueur de fût recommandée 12 mm Usage typique tableau Liaison vers différentiels 40 A
Section de conducteur 16 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Bleu ou Blanc Longueur de fût recommandée 12 à 15 mm Usage typique tableau Alimentation principale tableau 60 A
Section de conducteur 25 mm² Code couleur normalisé DIN 46228 Jaune ou Noir Longueur de fût recommandée 16 mm Usage typique tableau Alimentation forte puissance 90 A

2. L’étamage à l’étain : une pratique formellement interdite et criminelle

Face à l’obligation d’agglomérer les brins souples avant serrage, certains bricoleurs du dimanche croient faire preuve d’ingéniosité en trempant l’extrémité dénudée du fil de cuivre dans un bain de soudure à l’étain à l’aide d’un fer d’électronique.

Cette pratique d’étamage est formellement et universellement interdite par toutes les réglementations électriques et de sécurité incendie.

L’explication repose sur une propriété physique redoutable propre à l’étain et aux alliages de soudure : le fluage mécanique à froid sous contrainte.

L’étain est un métal particulièrement mou et ductile. Lorsqu’un conducteur étamé est serré sous la vis d’un bornier de répartition, la connexion semble d’une rigidité irréprochable au premier abord. Le contrôle au toucher ne révèle aucun jeu.

Cependant, au fil des semaines, sous la pression permanente exercée par la vis et sous l’effet des cycles thermiques alternés (échauffement naturel lorsque le lave-linge et le four fonctionnent, puis refroidissement lorsque les appareils s’éteignent), les atomes d’étain se réorganisent et s’écoulent lentement.

Le métal flue hors de la zone de compression :

  1. La vis de serrage perd progressivement toute précharge mécanique et se desserre spontanément sans intervention humaine.
  2. Le contact entre le conducteur et la barre omnibus en laiton devient lâche et instable.
  3. La résistance électrique de contact s’envole instantanément.
  4. Un micro-arc électrique permanent s’amorce au passage du courant alternatif. La température locale grimpe brutalement à plus de 400 à 600 °C.
  5. Les isolants plastiques environnants carbonisent, fondent, et la carcasse en plastique du coffret s’embrase.

Ne tolérez jamais la moindre trace de soudure à l’étain sur les conducteurs de puissance d’un tableau électrique : le recours exclusif aux embouts de câblage sertis est la seule méthode professionnelle autorisée.

Barrette de coupure de terre isolant la liaison amont de répartition de la terre géologique

Barrette de coupure haute

La continuité entre la barre de distribution et la terre extérieure doit être parfaitement assurée.

Le cas spécifique des installations en triphasé 400 V et le danger de rupture de neutre

Dans les maisons anciennes de grande superficie, les exploitations agricoles ou les habitations chauffées par de vieilles pompes à chaleur de forte puissance, l’alimentation générale délivrée par Enedis est souvent en triphasé 400 V (trois phases de 230 V déphasées de 120 degrés, plus un conducteur de neutre).

Sur une installation triphasée, le choix et la pose du bornier de répartition exigent une rigueur technique absolue pour deux raisons majeures : l’équilibrage des charges et la sécurité du neutre.

L’équilibrage minutieux des trois phases sur le répartiteur tétrapolaire

En triphasé, le disjoncteur général d’abonné calibre la puissance maximale admissible phase par phase. Par exemple, pour un abonnement courant de 18 kVA en triphasé, chaque phase ne dispose que d’une intensité limite de 30 A (soit environ 6 900 watts par phase).

Si vous raccordez par mégarde la plaque de cuisson à induction (7 200 W) et le lave-linge sur la même phase, le disjoncteur général sautera immédiatement dès leur allumage simultané, même si les deux autres phases de la maison ne consomment strictement rien !

L’installation d’un répartiteur modulaire tétrapolaire à 4 barres étagées (Phase 1, Phase 2, Phase 3 et Neutre) est incontournable. Ce répartiteur permet à l’électricien d’assigner méthodiquement chaque rangée de différentiels monophasés à une phase différente :

  • La rangée 1 (cuisine et buanderie) est connectée sur la Phase 1.
  • La rangée 2 (séjour, prises générales et salon) est connectée sur la Phase 2.
  • La rangée 3 (chambres, éclairages et chauffe-eau) est connectée sur la Phase 3.
  • Les appareils réclamant une alimentation triphasée pure (borne de recharge 11 ou 22 kW, pompe à chaleur triphasée) sont alimentés directement depuis les quatre barres du répartiteur via un disjoncteur tétrapolaire dédié.

Le risque mortel de la rupture de neutre sur un bornier mal serré

Le danger le plus redoutable en triphasé réside dans un défaut de connexion sur le bornier de neutre. Lorsque trois récepteurs monophasés 230 V sont raccordés entre chacune des phases et le neutre commun, le neutre sert de point de référence à potentiel zéro (0 volt).

Si la vis de serrage du conducteur principal de neutre sur le bornier de répartition se desserre, se corrode ou casse, le neutre devient ce que les électriciens appellent un « neutre flottant » :

  • Le point zéro de référence disparaît totalement du circuit.
  • Les appareils monophasés branchés dans la maison se retrouvent alors montés en série directement entre deux phases sous une tension nominale de 400 volts.
  • Selon la loi d’Ohm, la tension de 400 V se répartit de manière inversement proportionnelle à la puissance des appareils branchés. L’appareil de plus faible puissance (par exemple votre téléviseur en veille, votre réfrigérateur ou la carte mère électronique de votre chaudière) reçoit une surtension instantanée pouvant atteindre 350 à 380 volts.

En une fraction de seconde, les condensateurs d’entrée explosent, les cartes électroniques prennent feu et des milliers d’euros d’électroménager sont détruits dans tout le domicile. Un serrage irréprochable et un contrôle minutieux du bornier de neutre sur rail DIN constituent la protection numéro un contre ce sinistre majeur.

Si votre tableau émet des bruits suspects ou des grésillements sous forte charge, consultez sans attendre mon article dédié au bourdonnement dans le tableau électrique pour en identifier l’origine avant qu’un arc ne se développe.

Protocole de serrage au tournevis dynamométrique et maintenance préventive

Selon les bilans annuels de l’Observatoire National de la Sécurité Électrique (ONSE) relayés par les fabricants de câbles comme Nexans, le desserrage mécanique des connexions à vis représente l’une des causes majeures d’incendie d’origine électrique dans l’habitat.

Ce phénomène s’explique scientifiquement par l’action combinée de deux contraintes physiques inévitables :

  1. Les micro-vibrations électromagnétiques : le courant alternatif oscille à une fréquence de 50 hertz (50 fois par seconde). Ces inversions rapides du champ magnétique engendrent des forces de répulsion et d’attraction imperceptibles au toucher mais continues au niveau des cages de serrage.
  2. Les dilatations thermiques différentielles : sous forte charge, le cuivre des conducteurs et le laiton des borniers chauffent et se dilatent. Lorsque la charge diminue la nuit, le métal se contracte. Ces cycles thermiques quotidiens finissent par faire tourner imperceptiblement les vis à filetage classique.

Le protocole professionnel de serrage au couple

Pour fiabiliser durablement un bornier de répartition, le serrage ne doit jamais être exécuté au jugé ni à l’aide d’une visseuse à choc sans fil qui massacre les filetages en laiton :

  • Utiliser exclusivement un tournevis dynamométrique isolé 1 000 V homologué selon la norme EN ISO 6789.
  • Régler le couple exact préconisé par le constructeur : généralement 2 à 2,5 N·m pour les bornes de 10 à 16 mm², et 3,5 à 4 N·m pour les grosses bornes d’arrivée de 25 mm².
  • Ne jamais utiliser d’embout de tournevis inadapté : pour les vis de bornier mixtes (vis à fente combinée à une empreinte cruciforme Pozidriv), employer impérativement une lame de type PlusMinus (PZ/FL), spécialement usinée pour épouser la gorge sans riper ni arrondir les arêtes métalliques.

Le calendrier de maintenance préventive

Je recommande à chaque propriétaire d’adopter un protocole de surveillance régulier de son installation :

  • Un an après la mise en service d’un tableau électrique neuf ou rénové : procéder à un resserrage de contrôle préventif de toutes les vis des borniers de répartition et des disjoncteurs. Durant les douze premiers mois, le tassement naturel des conducteurs et les premiers cycles thermiques ont fait leur œuvre.
  • Tous les 2 à 3 ans par la suite : effectuer une vérification visuelle hors tension de l’absence de traces de brunissement, de jaunissement des isolants ou de déformation plastique sur les borniers.

Pour répartir l’alimentation en aval sans surcharge thermique, le dimensionnement des différentiels de tête est analysé dans mon dossier sur l’interrupteur différentiel ou disjoncteur différentiel.

Si votre installation comporte encore des départs divisionnaires vétustes ou des disjoncteurs qui sautent de façon erratique, consultez mes guides sur le disjoncteur qui ne se réarme pas et les réflexes de sécurité indispensables en cas de choc électrique.

L’évaluation financière globale d’une remise aux normes de coffret est détaillée dans ma synthèse sur le coût d’une mise aux normes électrique.

Enfin, pour vous assurer qu’aucun point chaud invisible ne menace votre tableau de répartition, faites réaliser un contrôle par caméra thermique lors d’un diagnostic électrique des défauts courants mené par un électricien qualifié dans le cadre d’un plan de mise en sécurité ou mise aux normes.

Peut-on mettre deux fils dans la même borne d’un bornier de répartition ?

En règle générale, c’est formellement interdit sauf mention expresse du fabricant. La quasi-totalité des borniers à vis exigent strictement un seul conducteur par alvéole. Pour créer plusieurs départs, il faut choisir un bornier ou un répartiteur modulaire possédant un nombre suffisant d’orifices de sortie individuels.

Quelle est la différence entre un bornier et un répartiteur modulaire ?

Un bornier est une simple barrette de laiton à une seule polarité (phase, neutre ou terre) clipsée sur le châssis. Un répartiteur modulaire étagé est un bloc fermé se clipsant sur rail DIN, regroupant les barres de phase et de neutre superposées avec une isolation diélectrique renforcée et des capots transparents IP2X.

Quelle section de câble pour alimenter un tableau secondaire en 32A ?

Pour un départ de tableau divisionnaire protégé par un disjoncteur 32 A au tableau principal, la section minimale imposée par la NF C 15-100 est de 6 mm² en cuivre. Si la distance entre les deux tableaux dépasse 20 à 25 mètres, il faut impérativement passer en 10 mm² pour limiter la chute de tension.

Pourquoi est-il interdit d’étamer un fil avant de le visser dans un bornier ?

Parce que l’étain flue sous la pression mécanique. Avec le temps et la chaleur du courant, l’étain s’écrase et s’échappe de la vis. Le contact devient lâche, la résistance de contact grimpe en flèche et un arc électrique destructeur s’amorce, créant un départ de feu immédiat.

Doit-on obligatoirement couper le courant pour resserrer les borniers du tableau ?

Oui, impérativement. Le bornier de répartition reçoit directement l’alimentation amont sous 230 V (ou 400 V en triphasé) avec un pouvoir de court-circuit destructeur. Vous devez obligatoirement couper le disjoncteur d’abonné Enedis et vérifier l’absence de tension au VAT avant d’approcher un tournevis.

Théo Desrousseaux au travail

Théo Desrousseaux

Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest

Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.

Mon parcours → Diplômes et certifications → Charte éditoriale →

Partager : X / Twitter LinkedIn WhatsApp

Recevez les nouveaux guides

Une notification par semaine dans votre navigateur, sur les nouveaux guides et les changements de norme. Aucune adresse email demandée.

Yvelines · Hauts-de-Seine · Paris (75)

Un tableau hors normes peut déclencher un refus de vente ou d'assurance

Je vérifie les différentiels 30 mA, la terre et les circuits avant que ça devienne un problème.

Prix annoncé avant mon déplacement Rappel sous 24 h, 7 j/7