Compteur Linky et disjoncteur général
L’organe de coupure électronique interne du Linky disjoncte précisément lorsque la puissance souscrite est dépassée.
Publié le 19 septembre 2026
En bref
L’arrivée d’une voiture électrique dans un foyer transforme radicalement le profil énergétique de la maison.
Alors qu’un logement traditionnel consomme son électricité par petites touches fractionnées — quelques centaines de watts pour l’éclairage et les appareils de veille, entrecoupés par des pointes brèves pour le four ou le lave-linge —, l’installation d’une borne de recharge murale (wallbox) introduit un consommateur géant.
Celui-ci est capable d’engloutir 7 400 watts d’une seule traite pendant 4 à 8 heures consécutives.
Face à cette nouvelle charge massive, la question se pose immédiatement pour tout propriétaire : quelle puissance de compteur électrique faut-il souscrire auprès d’Enedis ?
Faut-il obligatoirement abandonner son abonnement classique de 6 kVA pour grimper à 9 kVA voire 12 kVA, quitte à payer un abonnement mensuel plus cher pour les dix prochaines années ? Peut-on recharger la nuit sans rien changer à son contrat ?
Et comment le délestage dynamique intelligent permet-il d’économiser l’augmentation de puissance sans risquer le black-out domestique ?
Dans ce dossier technique d’artisan électricien, je détaille pas à pas les calculs de puissance cumulée et le comportement du disjoncteur électronique du compteur communicant Linky.
Je détaille aussi les liaisons numériques par le port TIC (Télé-Information Client), le piège mortel des abonnements en triphasé, ainsi que les solutions techniques pour recharger à pleine puissance en toute sécurité.
7,4 kVA
puissance appelée en continu par une borne monophasée 32 A standard
6 kVA (30 A)
abonnement résidentiel le plus répandu en France, insuffisant sans délestage
9 kVA (45 A)
puissance de confort recommandée pour une borne 7,4 kW avec recharge de nuit
Délestage
dispositif automatique évitant tout surcoût d’abonnement auprès d’Enedis
Pour comprendre pourquoi l’installation d’une borne fait sauter les compteurs non préparés, il faut se pencher sur la relation fondamentale entre la tension, le courant et la puissance apparente dans une installation monophasée 230 V.
La puissance appelée par un récepteur électrique s’exprime par la formule : Puissance (en VA) = Tension (en volts) x Intensité (en ampères).
Une borne de recharge résidentielle standard délivre une intensité de 32 ampères sous une tension de 230 volts :
Or, plus de la moitié des maisons et appartements individuels en France disposent d’un contrat d’électricité calibré à 6 kVA, ce qui correspond à une intensité maximale de 30 ampères délivrée par Enedis (230 V × 30 A = 6 900 VA, ou 6,9 kVA).
Le constat arithmétique est sans appel : la borne de 7,4 kW exige à elle seule 32 ampères, alors que l’intégralité du logement n’en dispose que de 30 !
Si vous raccordez une borne de 7,4 kW sur un compteur de 6 kVA sans aucun système de pilotage, la borne tente de tirer ses 32 A dès que vous branchez le câble. Même si toutes les lampes sont éteintes, que le réfrigérateur est débranché et que personne ne vit dans la maison, le seuil de déclenchement du compteur est immédiatement franchi.
Compteur Linky et disjoncteur général
L’organe de coupure électronique interne du Linky disjoncte précisément lorsque la puissance souscrite est dépassée.
Pour comprendre pourquoi l’installation en amont exige une protection différentielle renforcée contre les composantes continues, consultez mon guide sur le différentiel de Type B.
À l’époque des anciens compteurs électromécaniques noirs ou électroniques blancs, la limitation de puissance était assurée par le disjoncteur général d’abonné (AGCP).
Ce disjoncteur thermique possédait une inertie mécanique notable : il tolérait un dépassement de 10 à 20 % pendant 15 à 30 minutes avant que sa lame bimétallique ne chauffe suffisamment pour déclencher.
Avec le compteur communicant Linky, les règles du jeu ont radicalement changé :
| Puissance souscrite compteur | Intensité maximale disponible | Borne 3,7 kW (16 A) possible ? | Borne 7,4 kW (32 A) sans délestage ? | Borne 7,4 kW avec délestage dynamique ? |
|---|---|---|---|---|
| Puissance souscrite compteur 3 kVA | Intensité maximale disponible 15 A | Borne 3,7 kW (16 A) possible ? Non (surcharge immédiate) | Borne 7,4 kW (32 A) sans délestage ? Non (impossible) | Borne 7,4 kW avec délestage dynamique ? Non recommandé (recharge trop lente) |
| Puissance souscrite compteur 6 kVA | Intensité maximale disponible 30 A | Borne 3,7 kW (16 A) possible ? Oui (avec marge de 14 A) | Borne 7,4 kW (32 A) sans délestage ? Non (disjonction garantie) | Borne 7,4 kW avec délestage dynamique ? Oui (parfaitement fonctionnel) |
| Puissance souscrite compteur 9 kVA | Intensité maximale disponible 45 A | Borne 3,7 kW (16 A) possible ? Oui (très large marge) | Borne 7,4 kW (32 A) sans délestage ? Oui (la nuit uniquement) | Borne 7,4 kW avec délestage dynamique ? Oui (confort total jour et nuit) |
| Puissance souscrite compteur 12 kVA | Intensité maximale disponible 60 A | Borne 3,7 kW (16 A) possible ? Oui | Borne 7,4 kW (32 A) sans délestage ? Oui (même avec gros appareils) | Borne 7,4 kW avec délestage dynamique ? Oui (recharge 100 % pleine vitesse) |
Face à cette contrainte de puissance, trois solutions professionnelles s’offrent à vous :
La solution la plus simple sur le plan conceptuel consiste à appeler son fournisseur d’énergie (EDF, Engie, TotalEnergies…) pour demander une augmentation de puissance souscrite :
L’opération technique est d’une grande fluidité : grâce au compteur Linky, le changement de puissance s’effectue à distance sous 24 heures par télé-opération, sans aucun déplacement physique de technicien et pour un coût modique de quelques euros facturé par Enedis.
Toutefois, cette solution engendre un surcoût récurrent sur votre facture d’électricité : l’abonnement annuel fixe pour un contrat 9 kVA ou 12 kVA coûte entre 35 € et 80 € de plus chaque année par rapport à un contrat 6 kVA.
Point de recharge mural
La borne appelle une puissance continue qui doit s’intégrer dans le bilan de puissance du logement.
Pour comprendre le fonctionnement des modules de régulation automatique qui évitent cette hausse tarifaire, consultez mon guide sur le délesteur de borne de recharge et son fonctionnement.
La solution technique la plus élégante et la plus économique à long terme consiste à installer une borne communicante dotée d’un module de délestage dynamique (ou gestionnaire d’énergie).
Le principe est remarquable d’efficacité :
Grâce à cette modulation continue, le compteur ne disjoncte jamais, et vous conservez précieusement votre abonnement économique de 6 kVA sans verser un centime supplémentaire à votre fournisseur d’électricité !
Pour piloter le délestage dynamique avec une précision absolue, les meilleures bornes de recharge s’interfacent directement sur le port TIC (Télé-Information Client) du compteur Linky :
Si vous ne souhaitez ni changer d’abonnement ni investir dans un kit de délestage dynamique, la quasi-totalité des bornes modernes (Schneider Charge, Wallbox Pulsar, Hager Witty) permettent à l’installateur de brider physiquement la puissance maximale par micro-interrupteurs (DIP switches) ou par application :
Protections modulaires de tête
Chaque borne doit posséder sa propre protection disjoncteur et différentiel indépendante.
Pour intégrer ces composants selon les règles de sécurité et les cotes réglementaires, parcourez mon article sur la hauteur du tableau électrique selon la norme.
Pour choisir judicieusement votre puissance de compteur, il est indispensable de confronter l’appel de puissance de votre voiture à votre système de chauffage domestique :
Dans une maison chauffée au gaz ou au bois, l’électricité n’est utilisée que pour l’éclairage, l’électroménager et l’électronique :
Dans une maison tout électrique, la situation est beaucoup plus tendue :
| Appareil consommateur | Puissance moyenne typique | Intensité monophasée 230 V | Période de fonctionnement critique |
|---|---|---|---|
| Appareil consommateur Borne de recharge 7,4 kW | Puissance moyenne typique 7 360 W | Intensité monophasée 230 V 32 A | Période de fonctionnement critique Nuit ou retour du travail (4 à 8 h) |
| Appareil consommateur Chauffe-eau électrique (200 L) | Puissance moyenne typique 2 400 W | Intensité monophasée 230 V 10,5 A | Période de fonctionnement critique Enclenchement automatique heures creuses |
| Appareil consommateur Pompe à chaleur air/eau (hiver) | Puissance moyenne typique 3 500 à 5 500 W | Intensité monophasée 230 V 15 à 24 A | Période de fonctionnement critique Fonctionnement continu par temps froid |
| Appareil consommateur Four électrique pyrolyse | Puissance moyenne typique 2 800 W | Intensité monophasée 230 V 12 A | Période de fonctionnement critique Préparation des repas (18h30 - 20h30) |
| Appareil consommateur Plaques à induction (3 feux) | Puissance moyenne typique 3 000 à 6 000 W | Intensité monophasée 230 V 13 à 26 A | Période de fonctionnement critique Préparation des repas (19h00 - 20h00) |
| Appareil consommateur Lave-linge en chauffe | Puissance moyenne typique 2 000 W | Intensité monophasée 230 V 9 A | Période de fonctionnement critique Cycles programmés de jour ou de nuit |
Si votre habitation est alimentée en triphasé 400 V (trois phases et un neutre), la gestion de la puissance de compteur obéit à une règle géométrique impitoyable que beaucoup de propriétaires découvrent à leurs dépens.
En triphasé, la puissance totale du contrat est divisée équitablement en trois parts égales sur chaque phase :
Si vous achetez une borne monophasée standard de 7,4 kW (32 A) pour l’installer dans une maison raccordée en triphasé 9 kVA ou 12 kVA :
En triphasé, deux options professionnelles s’imposent :
Le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 encadre strictement les conditions de pose d’une borne de recharge en France :
Si votre disjoncteur saute dès la mise en charge du véhicule, appliquez le protocole de recherche de panne décrit dans mon guide sur le disjoncteur qui ne se réarme pas.
En cas d’anomalie de terre ou d’échauffement suspect, consultez mes conseils de sécurité en cas de choc électrique.
Pour chiffrer l’adaptation globale de votre tableau électrique à la recharge de véhicule, lisez ma synthèse sur le coût d’une mise aux normes électrique.
Enfin, pour vous assurer que votre installation existante présente une prise de terre conforme et des calibres adaptés, faites réaliser un diagnostic électrique des défauts courants dans le cadre d’un projet de mise en sécurité ou mise aux normes.
Oui, mais uniquement si la borne est équipée d’un système de délestage dynamique. Le délestage mesure la consommation de la maison et réduit automatiquement la puissance de la borne lorsque vous allumez d’autres appareils, empêchant ainsi le compteur Linky de disjoncter sans avoir à payer un abonnement plus cher.
Avec un compteur communicant Linky, le changement de puissance s’effectue à distance sous 24 heures pour des frais de modification Enedis d’environ 4 € à 14 €. Sur votre facture récurrente, l’abonnement mensuel pour 9 kVA coûte environ 35 € à 45 € de plus par an par rapport à un contrat de 6 kVA.
Oui, absolument. Une puissance de recharge de 11 kW en courant alternatif correspond à 3 phases de 16 ampères sous 400 V. Il est impossible d’obtenir 11 kW sur un réseau monophasé 230 V (qui plafonne réglementairement à 32 A, soit 7,4 kW).
Oui, c’est une obligation légale fixée par le décret n° 2017-26 pour toute puissance supérieure à 3,7 kW. Faire poser sa borne par un électricien certifié IRVE est également la condition indispensable pour bénéficier du crédit d’impôt de 500 €, du taux de TVA à 5,5 % et pour être couvert par son assurance en cas d’incendie.
Ce message indique que la somme des puissances appelées par votre borne et les appareils de la maison a franchi le plafond contractuel souscrit. Le disjoncteur électronique interne du Linky coupe alors le courant pour protéger le réseau. Il faut débrancher le gros consommateur puis appuyer 2 secondes sur le bouton (+) pour réarmer.
Théo Desrousseaux
Artisan électricien — Yvelines (78), Hauts-de-Seine (92) et Paris Ouest
Électricien de terrain : installations, mises aux normes et dépannages au quotidien. J'ai fondé Sparx Élec et je dirige son magazine, lu en France et à l'international : chaque article est relu et validé par mes soins avant publication.
Mon parcours → Diplômes et certifications → Charte éditoriale →
Sources officielles et références
Recevez les nouveaux guides
Une notification par semaine dans votre navigateur, sur les nouveaux guides et les changements de norme. Aucune adresse email demandée.
Wallbox 7,4 kW, prise renforcée, aides Advenir, copropriété : les guides pratiques pour dimensionner juste avant de signer un devis.
Comprendre le délesteur de borne de recharge : Linky, TIC, réglage d’intensité, limites en maison, prix réalistes et erreurs à éviter sans coupure.
Lire le guide
Guide Borne Hager ou Legrand : laquelle choisir ? Comparer une borne Hager et Legrand pour la maison : puissance, pilotage, tableau électrique, pose IRVE et critères utiles avant le devis. Lire le guide
Guide Différentiel type B Différentiel type B : détection du courant continu lissé, usage solaire et borne de recharge, exigences NF C 15-100-7-722, prix et les pièges terrain. Lire le guide Outil Borne de recharge : prix + aides Coût réel après aides ADVENIR pour votre maison ou copropriété. Ouvrir l’outil
Guide Quelle puissance borne de recharge à domicile ? 7 kW ou 22 kW : puissance adaptée à votre véhicule électrique et compteur, coût d’installation IRVE et compatibilité avec la norme NF C 15-100. Lire le guide Outil Mon tableau est-il aux normes ? Diagnostiquez surcharge et conformité NF C15-100 en 2 min. Ouvrir l’outil